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Brice Dulin : « Je peux revenir à mon meilleur niveau »

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L’Agenais d’origine (32 ans, 46 sélections) évoque le souvenir du titre européen du printemps dernier, le début de saison mitigé des siens, son insatiable état d’esprit de compétiteur ou ses ambitions internationales intactes.

Quelles images vous reviennent à l’évocation de la dernière finale de Champions Cup ?

La décision arbitrale sur le dernier essai de “Fifou” (Arthur Retière, N.D.L.R.). Sur le moment, on se doute qu’il y a essai mais tu n’es jamais à l’abri avec la vidéo. Quand il accorde l’essai, on regarde le chrono. Et là, on comprend que c’est fini : le temps que le tee soit apporté à Ihaia, qu’il tape la transformation… Ça dure 1’45”. Tu prends alors conscience que tu l’as fait. Il y a eu le coup de sifflet final et puis c’était l’euphorie. Et je me suis dit : “Enfin, après autant de finales perdues, je l’ai cette Coupe.”

Avez-vous revu la finale ?

Non. Pour être honnête, je n’ai jamais revu une seule finale que j’ai gagnée. Je me dis que ça fera des choses à regarder quand j’aurais arrêté (sourire).

Et après le coup de sifflet final, que se passe-t-il ?

Tout passe hyper vite même si, avec les années, tu apprends à profiter du moment. Il y a les images des finales perdues qui ont défilé. L’année d’avant, je m’étais dit : “C’est mort, je ne la gagnerai jamais.” Je me souviens m’être dit : “Il faudra tout faire pour avoir un titre mais c’est tellement dur de revenir rien qu’en finale.”

Il y avait tout pour que ce soit mémorable : un adversaire que l’on disait presque intouchable, un stade français en feu…

Le match était fou. On savait qu’ils allaient nous mettre une pression de tous les instants, qu’ils étaient très forts tactiquement… Malgré ça, on arrive à marquer des essais, on leur fait mal dans le jeu. Puis il y a ce carton jaune qui peut nous faire du mal mais l’équipe ne s’affole pas et reste au contact. Il y a une part de chance, aussi, comme dans toute victoire. C’était notre jour. Au-delà de mon cas, pour le club, c’était une sacrée récompense.

Peut-on parler d’exploit à proprement parler étant donné le niveau de l’adversaire ?

De par leur palmarès, leur équipe, leur vécu, c’était un très gros défi. Le Leinster est bâti pour ces moments-là et pour cette compétition. Mais sur notre année et notamment ce que l’on a réalisé en Champions Cup, on le méritait autant qu’eux. C’était la bonne année. Ça a validé les efforts de tout un club. Ce titre était aussi pour ceux qui ont fait grandir le club et qui lui ont permis d’en arriver là.

Qu’est-ce qui a rendu cette performance possible ?

Après ce que l’on avait vécu l’an passé et ce qu’ils avaient réalisé en demi-finale, on se disait que l’on n’avait rien à perdre. La pression était positive. Il y avait une osmose inexplicable entre nous. C’est toujours facile de le dire après coup mais nous avions eu une très bonne préparation et tous les gars savaient que c’était jouable si chacun remplissait son rôle. Après, il y a des choses qui ont été marquantes. (Il réfléchit) Quand il y a le carton jaune, je m’attendais à ce qu’ils aillent en touche mais ils ont pris les trois points. Ils étaient tellement sûrs de nous faire plier. Dans nos têtes, ça nous a permis de bien rester dedans. Et même à 14, on est resté dangereux.

Est-ce que le sommet, en termes d’émotions, n’a pas été atteint lors des célébrations ?

C’était incroyable. Tu arrives dans la nuit à l’aéroport au milieu de la nuit et c’est plein de monde. Et puis il y a eu les scènes au port. C’était énorme à vivre. Quand tu vois les photos après, tu fais “ouahh”. C’était le moment de partage total : il y avait les gens accrochés aux poteaux, les bateaux remplis, nos familles… Tout le monde était heureux.

Le retour à la réalité n’est pas toujours simple. Comment analysez-vous votre début de saison ?

Il y a un nouveau groupe à façonner, il faut aussi apprendre à vivre avec ce qui a été accompli même si c’est derrière nous. Et puis on est attendus. Dès que l’on perd un match, ça s’entend dans la bouche des adversaires ou dans les commentaires : “Ils ont battu les champions d’Europe.” Ça donne une motivation supplémentaire aux autres. De notre côté, il nous faut être beaucoup plus réguliers, c’est trop en dents de scie. D’autant plus que le groupe aborde les deux mois qui font basculer la saison du bon ou du mauvais côté. On va voir quelles sont les ressources de notre effectif.

Depuis le début de saison, votre défense, le socle de votre réussite passée, est moins efficace. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

L’an passé, le groupe arrivait à maturité. Là, ça a un peu bougé. Mais ça ne doit pas être une excuse. On le sait tous : la défense te permet souvent de gagner des matchs et même des titres. Il faut rectifier ce secteur car on encaisse des essais trop facilement et sur nos propres erreurs. L’équipe peut bien jouer mais elle se tire des balles dans le pied. Ce n’est pas aussi bien que ce que l’on voudrait. Tu peux passer au travers mais il y a un minimum à respecter.

La Champions Cup semble vous correspondre : l’an passé, vous aviez été particulièrement performants dans cette compétition alors que c’était plus irrégulier en championnat…

On a été capables de répondre présent sur ce format qui laisse peu de place à l’erreur. C’est plus un sprint qu’un marathon. L’excitation est différente.

Que veut dire, pour vous, être à la hauteur du statut de champion d’Europe ?

Ça veut dire exister dans la compétition et ça passe par réussir nos débuts. Il y a eu ce titre décroché dernièrement mais toutes les équipes repartent de zéro. Il faut se focaliser sur ce premier match capital à domicile pour mordre d’entrée dans la Champions Cup. On a de la chance de la jouer, c’est une belle occasion de prouver ce que l’on vaut et de montrer que l’on a encore faim.

Comment vous sentez-vous personnellement après un début de saison marqué par quelques pépins physiques ?

J’ai eu de petites douleurs qui m’ont gêné. Je devais partir avec les Barbarians britanniques mais j’ai préféré couper et ça a été bénéfique. La préparation m’a bien reboosté. Je me sens à fond.

Passé la trentaine, est-ce dur de rester compétitif quand on est arrière ?

Ce sont plus des mauvais coups et des douleurs. J’ai eu des soucis au niveau du tendon d’Achille à la reprise. On ne sait pas comment c’est apparu et c’est reparti aussi vite que c’est arrivé. Ces 5-6 % de physique m’ont manqué. Je ne peux pas rentrer dans les mecs si je n’ai pas toutes mes capacités. En plus, c’était sur le pied gauche, ce qui est pénalisant. Puis, ça a disparu comme ça. Je me suis ensuite dit que c’était agréable de jouer et de vivre sans douleur. Là, tu peux exploiter des espaces, faire ce que tu aimes…

Avec le temps, les sensations restent-elles les mêmes ?

Oui, oui.

Vous ne vous voyez pas vieillir ?

En soi, oui. J’ai passé un an et demi un peu dans le dur, après mes “croisés”, mais tout est revenu à la normale. J’ai toujours le même plaisir à m’entraîner, à être sur le terrain. Tant que ce sera le cas, il n’y a pas de raison de se poser des questions.

Le fait d’avoir prolongé tôt dans la saison – et ce jusqu’en juin 2025 – vous libère-t-il mentalement ?

Ça permet d’être sûr de l’avenir, de ne pas avoir à se tracasser d’un changement. Je me sens bien ici, je m’éclate. Je voulais que ça se fasse vite pour avoir l’esprit libre. C’est le cas, je n’ai plus qu’à penser au jeu.

Cette aventure rochelaise va-t-elle au-delà de vos espérances ? Ça restait une forme de pari, il y a deux ans…

Au niveau de tous mes choix de carrière, je n’étais pas forcément partant à l’origine puis il y a eu des opportunités qui se sont présentées. Dans la tête, je me suis à chaque fois dit : “Pourquoi pas ?” J’ai pesé les pour et les contre et j’ai estimé que le changement était profitable, aussi bien pour ma vie que pour ma carrière car les deux sont liés. À chaque fois, ça a été bénéfique. C’est une grande chance. Ici, encore plus. Après trois-quatre ans au Racing, je pensais pourtant finir là-bas. Quand Ronan m’a appelé, j’ai réfléchi et j’ai dit : “Feu.” C’était le meilleur choix pour moi, par rapport à ce que j’ai vécu et par rapport à ce que j’ai encore envie de vivre. Ces changements m’ont mis des coups de pied au cul : “Tu peux encore faire mieux.” C’est pour ça que j’avais envie de vite prolonger. Je sais que je peux revenir à mon meilleur niveau, que j’ai connu il n’y a pas si longtemps.

Vous allez sûrement finir votre carrière sous les ordres de Ronan O’Gara qui a fait part de sa volonté de rester à La Rochelle. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Pour l’instant, c’est une bonne chose (sourire). Il nous supporte. On le supporte. Il a son projet et sa façon de voir les choses. Tout le groupe y adhère. On est tous dans le même bateau. Cette année va être charnière. Il y a une volonté de stabiliser le club. Autant pour les joueurs et le staff, c’est bien de savoir où l’on va.

Parlons un peu du XV de France. Vous n’avez pas été convoqué lors de la tournée de novembre. Comment avez-vous vécu cette situation ?

C’est toujours décevant car j’ai envie de faire partie de ce groupe. Après, j’ai passé l’année dernière à faire les allers-retours entre le club et la sélection sans jouer ni pour l’un ou pour l’autre… Là, ça m’a donné l’opportunité de jouer avec La Rochelle. Je l’ai toujours dit : ce sont les performances et la régularité en club qui permettent d’exister en sélection. J’ai été déçu mais la seule chose que je contrôle, c’est moi-même. Mon début de saison n’a peut-être pas été assez performant pour donner les garanties nécessaires. Je reste conscient des choses. C’est pourquoi j’ai choisi de ne pas faire les Baabas. Ça m’a permis de bien me régénérer. Je vais avoir deux mois en pleines possessions de mes moyens afin de jouer mon meilleur rugby possible. Après, les choses suivront ou pas.

Le Mondial 2023 est-il encore accessible ?

Oui mais on est plein à avoir cet objectif. C’est d’autant plus mon cas que ça risque d’être la dernière fois où je pourrai avoir cette opportunité. J’ai pour ambition de tout donner. Et on verra. Je veux au moins être sûr d’avoir fait mon maximum pour exister et ne pas avoir de regrets.

Ça passera, comme vous l’avez dit, par un retour à votre meilleur niveau…

Je sais que je suis capable de faire de bonnes choses. Après, il faut les faire souvent. Le plus souvent possible (sourire).

Votre carrière internationale s’est pour l’heure arrêtée sur le Tournoi 2021 qui vous aura vu marquer trois essais, ce qui n’est pas rien…

Ce qui est rare, surtout, pour moi (sourire).

… mais il y a cette relance sur la dernière journée qui permet, tout compte fait, à l’Ecosse de s’imposer au Stade de France. Pensez-vous que cette action vous a été fortement préjudiciable ou est-ce plus du domaine de la coïncidence ?

Je ne pense pas que ce soit lié. C’est le fait d’avoir joué les deux finales avec La Rochelle (ce qui l’a privé de la tournée en Australie, N.D.L.R.), l’arrivée de nouveaux joueurs, la politique du groupe en suivant… C’est pour ça qu’il faut toujours être à son meilleur niveau car il y a des opportunités ou non qui peuvent se présenter. Si tu es performant, les occasions arrivent. Peut-être que plus jeune, j’en aurais voulu à la terre entière car je n’aurais pas eu le même recul. Je ne veux plus perdre d’énergie pour rien. Il faut juste que je sois alerte pour saisir la moindre chance.

Quel goût vous laisse, jusqu’à présent, votre aventure en Bleu ?

J’ai connu toutes les périodes. Je suis heureux de côtoyer ce groupe maintenant, surtout après toutes les galères qu’il y a eues. J’espère au moins que les mauvais moments passés ont servi à la remise en question du fonctionnement de la sélection. La nouvelle génération est hyper-performante et elle amène beaucoup de bonheur. Même quand tu n’es pas dans le groupe, tu prends du plaisir à la voir jouer.

L’essai face au pays de Galles, dans le temps supplémentaire, en mars 2021, doit rester dans un coin de votre tête parmi vos plus beaux souvenirs ?

Oui. Et au-delà de ça, il y avait la victoire en Irlande juste avant. Et en Angleterre, on aurait dû aussi gagner. Avant, on n’existait pas face à eux. Ce sont des joies que je n’avais pas connues, mis à part la première année où j’ai été appelé et où l’on avait fait une super saison (en 2012, avec cinq victoires sur ses cinq premières sélections). Après, ça a été beaucoup de galères et de tristesse. Il y en a d’autres qui étaient avec moi et qui ont la chance de vivre de bons moments désormais.

On va vous vieillir de quelques années mais où en êtes-vous dans votre réflexion quant à votre reconversion ?

J’y pense de plus en plus. Ça risque d’être dans le coin dans un premier temps. Avant peut-être de bouger dans les Landes. La première rentrée des classes pour le petit se fera sur La Rochelle. La fin se fera ici, la reconversion aussi. Elle sera probablement hors rugby. Je veux prendre du temps, avoir mes week-ends.

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