Derrick, DAYPOSESSION, essai d’extraterrestre… Ovale Masqué décape France-Australie

Hey, salut Tonton, ça ? Impec, et toi mon n'veu ?
Hey, salut Tonton, ça ? Impec, et toi mon n’veu ? (©Icon Sport)

Satanés doublons ! Dimanche 6 novembre 2022, je vous faisais mon compte rendu de la demi-finale déjà culte entre la Nouvelle-Zélande et la France. Et ce lundi, il faut retourner au charbon et évoquer le XV de France masculin, opposé à l’Australie pour le premier test-match de la tournée-d’automne-mais-sous-25-degrés.

Au-delà du lourd tribu physique que cet enchaînement fait payer à mon corps (il y a désormais plus de café que de sang dans mes veines), je ne vous cache pas que je ne suis pas des masses enthousiaste pour aborder le match. Si avec les filles, on est passé par toutes les émotions possibles en l’espace de 80 minutes, avec les gars, l’électrocardiogramme est resté relativement plat. Avec ces Bleus, on est tombés dans une sorte de routine et on sait que, quoiqu’il arrive, on finit par gagner. Même au terme d’un match moyen où Antoine Dupont ressemble à un être humain normal, on ne s’inquiète pas plus que ça. On sait qu’il y aura toujours quelqu’un pour sortir LA fulgurance. Par exemple, un Damian Penaud pour marquer un essai d’extraterrestre. Ou un Jonathan Danty qui se souvient qu’il peut être le joueur qu’on a toujours attendu qu’il soit : une sorte de Mathieu Bastareaud avec un IMC valide et un cardio de sportif de haut niveau.

A propos de ça, je tenais à dire que le physique de Danny Prison est une insulte à tous les piliers amateurs de France. Ainsi qu'à la raclette.
À propos de ça, je tenais à dire que le physique de Dany Priso est une insulte à tous les piliers amateurs de France. Ainsi qu’à la raclette. (©France 2)

On a l’impression qu’il ne peut rien arriver à cette équipe de France, qui reste la meilleure même quand elle est nulle. En fait, la France, c’est les All Bleus. À leur grande époque, combien de fois a-t-on vu les Néo-Zélandais se faire bousculer, fracasser, mener, avant qu’un Beauden Barrett ou un Ardie Savea débarque de nulle part avec un essai assassin ? Tout ce qui nous différencie, c’est l’absence de Haka. Mais d’ici la Coupe du monde 2023, on pourrait peut-être tenter un truc, genre Damien Penaud qui fait une danse de Fortnite pendant que Maxime Lucu joue de la guitare. Je ne sais pas du tout si Maxime Lucu joue de la guitare, mais je sais qu’il a largement assez de temps libre pour apprendre puisqu’il ne sert à rien. Un peu comme Sekou Macalou. Lui ce sera plus compliqué, on sait qu’il a des capacités d’apprentissage limitées, puisqu’il ignore toujours les règles du rugby. Mais on trouvera bien un truc accessible pour lui, genre faire des maracas.

On notera ce beau geste : après la vague de suicide chez les employés d’Orange, leurs enfants orphelins ont eu le droit de venir chanter la Marseillaise sur la pelouse.
On notera ce beau geste : après la vague de suicide chez les employés d’Orange, leurs enfants orphelins ont eu le droit de venir chanter la Marseillaise sur la pelouse. (©France 2)

Je laisse la FFR reprendre ces bribes d’idées et nous préparer quelque chose – on a pu voir au feu d’artifice d’avant-match qu’elle sait désormais mettre le paquet sur le spectacle. Sur le terrain, c’était un peu moins ça par contre. C’est là qu’on constate qu’on s’est embourgeoisés depuis les années PSA, Guytou et Brunel : on en viendrait presque à être déçus après une 11e victoire consécutive. Allez, on arrête de faire les pisse-froid et on se replonge dans le match !

La compo

La composition du XV de France pour affronter l'Australie.
La composition du XV de France pour affronter l’Australie. (©Ovale Masqué Rugbystic Universe)

Le film du match

Pour débuter cette série automnale, les Bleus affrontent donc les Wallabies. Pays autrefois réputé comme prison à ciel ouvert, l’Australie est désormais plutôt un hôpital psychiatrique géant, puisque l’on a affaire à l’équipe la plus schizo du rugby mondial, capable de perdre contre l’Argentine ou l’équipe C de la France, mais aussi de taper l’Afrique du Sud. On les a également vus perdre un match de rugby contre Matthieu Raynal dans ce qui restera un des grands moments de 2022. Vous vous en doutez, cette équipe a un petit côté français (enfin, français d’avant…) et imprévisible qui n’est pas pour me déplaire.

Côté Bleu, on attend évidemment la performance de la superstar Antoine Dupont. Le problème, c’est que les Australiens l’attendent aussi, comme on peut le constater dès le premier ruck du match. On notera que ce diable de Nick White est toujours là, ce qui nous rappelle avec nostalgie l’époque où le MHR était nul… c’était le bon temps.

Notez que même les jours où il est moyen, Lucu n'a pas le droit de rentrer.
Notez que même les jours où Dupont est moyen, Lucu n’a pas le droit de rentrer. (©France 2)

Pas très inspiré en ce début de match, le meilleur joueur du monde sera également coupable d’une touche directe. Peut-être une façon d’apporter son soutien à la spécialiste mondiale de la discipline, Caroline Drouin. Les grands joueurs peuvent aussi faire preuve d’empathie. Si les Français ne savent pas trop quoi faire avec le ballon, c’est heureusement un peu mieux en défense. Fickou s’illustre avec un grattage, et Thibaut Flament colle une grosse cartouche à Slipper malgré son corps de lâche pour un deuxième ligne.

Vidéos : en ce moment sur Actu
Ce gros fragile qui ne pèse que 115 kilos...
Ce gros fragile qui ne pèse que 115 kilos… (©France 2)

Les Wallabies ouvrent tout de même le score sur pénalité, après avoir pris le dessus sur les Français en mêlée (phrase impossible à prononcer il y a encore 10 ans). La réponse française ne se fait pas attendre, et Thomas Ramos prouve à Fabien Galthié que son costume d’Halloween de Melvyn Jaminet est bien réussi. Certes, le Toulousain tente une relance sur son premier ballon, une offense au sacro-saint concept de DAYPOSESSION. Mais il reprend rapidement son sérieux, se met à rendre tous les ballons au pied et inscrit deux pénalités, dont une de 50m.

Le moment où Fabien Galthié a regrette de ne pas avoir sélectionné Gaëtan Germain.
Le moment où Fabien Galthié a regretté de ne pas avoir sélectionné Gaëtan Germain. (©France 2)

Au terme du premier quart d’heure, le score et de 6-6, et c’est là que les Bleus vont lancer leur vraie première offensive. Une fois encore, Ramos est à l’initiative avec une passe au pied qui met les Wallabies sous pression dans leur 22. Et après une série de pick and go près de la ligne, Charles Ollivon passe en force. Mais l’essai est refusé par Dr Peyper, car le Grand Charles avait rampé. À l’image, la faute ne fait aucun doute, ce qui n’empêche pas le public de Stade de France de siffler bruyamment. Heureusement, il se calmera rapidement et retrouvera sa routine « lancer une Marseillaise / lancer une ola » sans trop regarder le match.

Au rugby on ne rampe pas. Sauf les cadres fédéraux devant Bernard Laporte.
Au rugby on ne rampe pas. Sauf les cadres fédéraux devant Bernard Laporte. (©France 2)

On sent que les Français commencent à trouver leur rythme dans ce match, et ils obtiennent une nouvelle situation chaude après un jeu au pied astucieux de Dupont. À la réception, le ballon est un peu cafouillé, et les Surfeurs profitent du chaos pour lancer une contre-attaque suicide du bout du monde. Et ça fonctionne. Wright dépose Penaud sur son aile, et derrière, les bonnes passes sont faites dans le bon timing pour un superbe essai conclu par Foketi. Un essai très french flair dans l’esprit. En même temps, collez un béret à Nic White et sa grosse moustache, et vous obtiendrez l’idée de ce qu’est un Français pour un créateur de série Netflix style Emily in Paris. Honhonhon, baguette ! Après la transformation, les fans de Crocodile Dundee mènent 6-13.

Un peu sonnés, les mangeurs de cuisses de grenouille mettent du temps à se rebeller, avec énormément de ballons joués au pied. Le ballon, les Australiens n’en veulent pas tellement plus, car ils se souviennent probablement que contre la France, avoir la possession est le meilleur moyen de se faire niquer sur un ballon de récupération. On tombe donc dans un faux rythme, digne d’un feuilleton allemand à la Derrick. Par bonheur, les Wallabies commettent quelques fautes, à l’image de Nick Frost, ce deuxième ligne qui porte le même nom qu’un célèbre comédien britannique vu dans Dr Who ou la trop méconnue série Spaced. Cela permet à Ramos de réduire l’écart grâce à deux pénalités.

Fred Godard : Passion réaliser des essais n'importe comment et filmer des petites meufs en tribunes.
Fred Godard : Passion cadrer des essais n’importe comment et filmer des petites meufs en tribunes. (©France 2)

Le score passe à 12-13, et on s’apprête à vivre quelque chose d’inédit depuis bien longtemps : un XV de France mené à la pause. Mais s’il n’y a plus trop de French Flair chez les Bleus, il reste la bonne vieille French Chatte. Juste avant la pause, Fickou parvient à intercepter une passe australienne au centre du terrain, puis prolonge au pied un peu n’importe comment. Dupont arrive comme un frelon pour mettre la pression sur l’arrière australien, et les Bleus parviennent à récupérer le ballon au sol. Opportuniste, Marchand s’en saisit et passe la ligne en force pour marquer un des essais les plus laids de tous les temps, et un essai peut-être même pas vraiment valable, mais Jaco Peyper avait la flemme de faire appel à la vidéo, trop pressé d’aller manger son Kinder Bueno dans le local des arbitres. Grâce à ce braquage façon Casa de Papel, la France passe donc en tête à la pause, 19-13.

Il y a clairement une main sous le ballon mais profitons d'être arbitrés comme les All Blacks depuis un an.
Il y a clairement une main sous le ballon mais profitons d’être arbitrés comme les All Blacks depuis un an. (©France 2)

Ou pas ? Puisque finalement, ce bon vieux Jaco demande la vidéo, ce qui est désormais possible même après la transformation. Eh oui, les règles de ce sport changent encore plus souvent que celles de Twitter depuis qu’Elon Musk a repris la boutique (après, au rugby, on sait depuis des années qu’il vaut mieux se méfier des Sud-Africains cocaïnés).

Quand tu prépares ton cartable et que le prof lance « il reste 5 minutes ! »
Quand tu prépares ton cartable et que le prof lance « il reste 5 minutes ! » (©France 2)

Et finalement non, Jaco re-change d’avis et renvoie tout le monde au vestiaire. Une séquence au moins aussi inexplicable et mystérieuse qu’un épisode de Twin Peaks. Hey dit donc, ça fait beaucoup de références à des séries télévisées… mais ne serait-ce pas une façon opportune de vous parler de l’excellent livre Séries Illimitées, qui vient de sortir en librairies ? 213 séries, 213 fiches, 2130 vannes plus ou moins bonnes pour le cadeau immanquable de cette fin d’année. Achetez ou offrez-le, c’est seulement 32 euros !

Vous trouvez cet instant réclame scandaleux ? Certes, mais sur Canal + vous avez bien Cédric Heymans qui commente les matchs puis qui fait la voix off de la pub Andros juste après, alors vous avez déjà l’habitude du mélange de genre.

De toute façon la meilleure apparition du rugby dans une série, ça reste l'apparition Craig Joubert dans Friends.
De toute façon la meilleure apparition du rugby dans une série, ça reste l’apparition de Craig Joubert dans Friends. (©NBC)

Bref, revenons à ce qui nous intéresse ici : le rugby. On ne va pas vraiment en voir des masses en seconde période. D’entrée de jeu, Bernard Foley le keuf de Bondi Beach réduit le score sur pénalité, Ramos lui répond quelques secondes plus tard, avant de rater sa première tentative de loin. On continue à assister à beaucoup de « jeu au pied tactique », le terme qu’on utilise quand deux équipes ne savent pas quoi faire avec le ballon. Bref, on se fait un peu chier et la troublante ressemblance entre Ramos et Jean-Pascal nous donnerait presque envie de zapper sur la StarAc.

« LOL » s’exclame Sophie Marceau à la lecture de ce sublime compte rendu.
« LOL » s’exclame Sophie Marceau à la lecture de ce sublime compte rendu. (©France 2)

Et encore une fois, ce sont les Wallabies qui vont nous sortir de notre torpeur. Après une penaltouche et un bon ballon porté dans nos 22, un lancement de jeu très propre permet à Campbell d’aller marquer en trompant la vigilance de Romain Ntamack. Foley transforme, et les doubles champions du monde repassent devant, 22-23.

Campbell, probablement un membre du célèbre clan Campbell (on en profite pour avoir une pensée pour Zach Guildford).
Campbell, probablement un membre du célèbre clan Campbell (on en profite pour avoir une pensée pour Zach Guildford). (©France 2)

Si par séquence, on sent que les Bleus peuvent mettre à mal les Australiens, tout ça manque toujours de fluidité, comme un bon vieux match de reprise de Top 14 (sauf qu’en Top 14, les équipes trouvent en général leurs automatismes vers le mois d’avril). Patients et efficaces, les Australiens creusent l’écart grâce à Foley. Le chassé-croisé continue : Ramos répond, puis c’est Reece Hodge, le fils illégitime de William Servat, qui redonne 6 points d’avance aux siens.

Le seul ouvreur-arrière qui a la tronche d'un talonneur de promotion honneur.
Le seul ouvreur-arrière qui a la tronche d’un talonneur de promotion honneur. (©France 2)

Plus que 5 minutes à jouer et on se demande bien comment ce match pourra basculer. Pour ça, il va falloir enfermer le data scientist dans le placard du Stade de France et tenter un truc un peu fou, à l’instinct, qu’on retrouve enfin un peu de French Flair. Et on pourra compter sur Mathieu Jalibert, qui aussi doué qu’il est agaçant, et il est sacrément agaçant.

Pendant ce temps, en tribunes, Romain Ntamack cherche à concurrencer Antoine Dupont sur le terrain du peignoir.
Pendant ce temps en tribunes, Romain Ntamack cherche à concurrencer Antoine Dupont sur le terrain du peignoir. (©France 2)

C’est lui qui allume une première mèche en relançant un ballon. Puis le Bordelais adresse une longue passe sautée sur l’aile de Penaud. Le décalage n’est pas fait, il va falloir jouer le duel. Et la dernière fois que Penaud a perdu un duel, c’était avec un médecin lors d’un protocole commotion. Le Clermontois crochète Wright, colle une grosse main dans la gueule à Campbell et va conclure son petit chef-d’œuvre avec un plongeon de gogole, parce que sinon, ce ne serait pas du Damian Penaud.

Mouais, Yoann Huget l'aurait marqué aussi.
Mouais, Yoann Huget l’aurait marqué aussi. (©France 2)

Ramos ne passe pas la transformation, 30-29. Attention, tout est encore possible, après tout, ce ne serait pas la première fois qu’on perd contre l’Australie en faisant de la merde à la 80e. Heureusement, Teddy Iribaren n’est pas sur le terrain, ce qui limite les chances. Les Wallabies lancent une offensive de la dernière chance, Jonathan Danty va venir mettre fin à leurs espoirs avec un grattage dont il a le secret.

Les petits regards de fayot à l'arbitre. <3
Les petits regards de fayot à l’arbitre. <3 (©France 2)

Encore une victoire pour les Bleus, la 11e de suite donc, record battu. Une mise en bouche idéale avant d’aller taper dans l’Afrique du Sud à Marseille, une équipe que l’on a plus battue depuis 2009. Pour vous situer, Julien Dupuy et Yann David étaient titulaires ce jour-là, en temps rugby, on peut donc dire que c’était quasiment il y a un siècle.

Il a pris au moins 15 kilos de muscles depuis, il sera prêt.
Il a pris au moins 15 kilos de muscles depuis, il sera prêt. (©Canal +)

Qui dit Boks dit forcément poésie, protéines en poudre et bagarres, et on a déjà hâte de voir Julien Marchand et Eben Etzebeth se battre torse nus sur la pelouse. Vivement !

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Actu Rugby dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *