Des favoris présents, des surprises… les Monuments en 2022 !

Les favoris ont été au rendez-vous pour aller décrocher trois des cinq Monuments en 2022. Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck) est allé chercher son deuxième Tour des Flandres après 2020, Remco Evenepoel (Quick-Step Alpha Vinyl Team) a écrasé la concurrence pour s’offrir sa première sur une course de ce standing lors de Liège-Bastogne-Liège et Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) a conservé son titre sur le Tour de Lombardie. Et pour les deux autres Monuments, deux coureurs sont venus jouer les trouble-fêtes. Matej Mohoric (Bahrain Victorious) sur Milan-San Remo et Dylan van Baarle (INEOS Grenadiers) sur Paris-Roubaix. À presque trente ans, le Slovène et le Néerlandais n’avaient jamais remporté une de ces prestigieuses compétitions. Chez les femmes, les favorites aussi se sont montrées puisque Lotte Kopecky (SD Worx) sur le Tour des Flandres, Elisa Longo Borghini (Trek-Segafredo) sur Paris-Roubaix et Annemiek van Vleuten (Movistar Team) sur Liège-Bastogne-Liège ont empoché ces trois classiques. Un Milan-San Remo féminin pourrait voir le jour dès l’an prochain mais rien n’a encore été acté concernant le Tour de Lombardie. 

Vidéo – Tadej Pogacar s’est montré sur les Monuments en 2022

 

Milan-San Remo : Mohoric le plus malin 

La Primavera débutait sans le vainqueur de l’édition 2019 Julian Alaphilippe (Quick-Step Alpha Vinyl Team), victime d’une bronchite quelques jours avant la course et surtout sans le tenant du titre Jasper Stuyven (Trek-Segafredo), lui aussi rattrapé par une maladie. Alors que Wout van Aert ou Tadej Pogacar étaient attendus, c’est finalement Matej Mohoric qui s’est imposé. La course se décantait dans l’avant-dernière ascension de la journée, la Cipressa (5,6km à 4,1%), avec l’accélération d’UAE Team Emirates. Dans le Poggio (3,7 km à 4%), juge de paix de cette course, Soren Kragh Andersen (Team DSM) attaquait, sans réussite, et Matej Mohoric surgissait ensuite dans la descente en prenant d’énormes risques. Ce qui lui permettait de creuser l’écart avec ses concurrents. Anthony Turgis (TotalEnergies) tentait de partir à sa poursuite, en vain. Il termine finalement deuxième et Mathieu van der Poel prend la dernière place du podium. 

La tactique employée par Mohoric dans cette Classicissima va donner des idées à tous les autres coureurs sur les Monuments suivants en 2022. À savoir des attaques placées dans les difficultés les plus dures, assez loin de l’arrivée, pour décourager les adversaires et conclure en solitaire ensuite. Pour être plus à l’aise dans la descente, le Slovène a révélé après la course avoir utilisé une tige télescopique pour baisser et remonter la selle. Il a donc réussi à mieux contrôler sa descente par rapport à ses adversaires. Après ce coup génial, Mohoric s’est offert le vainqueur du Tour de France Jonas Vingegaard (Jumbo-Visma) lors de la CRO Race début octobre. Anthony Turgis n’avait jamais été aussi proche d’une victoire dans un Monument et n’a malheureusement pas surfé sur cette vague, ne décrochant aucune victoire en 2022. 

 

Tour des Flandres : Van der Poel impérial, Kopecky domine Van Vleuten

Récent vainqueur de l’Omloop Het Nieuwsblad, de l’E3 Saxo Bank Classic et d’une étape sur Paris-NiceWout van Aert faisait clairement figure de favori pour ce Ronde van Vlaanderen. C’était sans compter sur le Covid-19, qui a empêché le Belge de s’y présenter. Une occasion ratée de prouver à ses concurrents que le vainqueur de Milan-San Remo en 2020 peut lui aussi s’imposer sur plusieurs Monuments. Van der Poel pouvait donc aborder le Tour des Flandres de manière plus sereine. Mais encore fallait-il se défaire de Tadej Pogacar pour sa première en terres flammandes. Le Néerlandais ne se voyait tout de même pas lâcher son joyau, frustré d’avoir terminé 2e derrière Kasper Asgreen (Quick-Step Alpha Vinyl Team) l’année précédente. 

Malgré une chute au début de la course, Pogacar attaquait dans le deuxième passage du Vieux Quaremont (2 km à 4,4%). En difficulté, Van der Poel parvenait tout de même à s’accrocher. Dans l’ultime passage de ce même mont, rebelote pour Pogacar, bien décidé à plier la course. Dylan van Baarle, Fred Wright (Bahrain Victorious) et Valentin Madouas (Groupama-FDJ) craquent, pas Van der Poel même s’il est à deux doigts. Le Néerlandais et le Slovène s’offraient un final de gala mais à force de jouer au chat et à la souris au moment du sprint, Pogacar se faisait finalement rattraper et dépasser par Madouas et Van Baarle. Van der Poel s’envolait vers la victoire. Son année sera ensuite plus compliquée même s’il gagnera une étape du Giro. Pas dans son assiette pendant le Tour de France – abandonnant lors de la 11e étape-, il devra ensuite gérer une affaire extra-sportive lors des Mondiaux en Australie fin septembre. 

Du côté des femmes, Lotte Kopecky a pris le dessus sur Annemiek Van Vleuten. Celle qui a tout gagné en 2022 (Liège-Bastogne-Liège, Giro, Tour de France, Vuelta, Mondiaux) a subi de nombreuses attaques dans ce Tour des Flandres sans jamais poser le genou à terre. Mais Lotte Kopecky était accompagnée d’une coéquipière (Chantal Van den Broek-Blaak) dans le final. Van Vleuten n’a rien pu faire à deux contre une et a déposé les armes face à Kopecky. Cette dernière prendra d’ailleurs de plein fouet la revanche de la Néerlandaise lors des Mondiaux, terminant 2e de la course en ligne. 

 

Paris-Roubaix : première pour Dylan van Baarle et Elisa Longo Borghini

Wout van Aert se présentait sur l’Enfer du Nord avec les crocs, même s’il sortait tout juste du Covid-19. Van der Poel, Stefan Küng (Groupama-FDJ), Madouas ou Mohoric voulaient confirmer leur bonne forme du printemps. Le vainqueur de l’édition 2021, Sonny Colbrelli était le grand absent, ayant été victime d’un arrêt cardiaque plus d’un mois avant la course. L’Italien n’a d’ailleurs pas couru depuis le Tour de Catalogne fin mars et a décidé de prendre sa retraite, sa santé ayant été grandement fragilisée par cet incident. Après de nombreuses crevaisons et chutes depuis le début de la course, un petit groupe se retrouvait à l’avant, à moins de 20 kilomètres du but. Le secteur de Camphin-en-Pévèle faisait le ménage. Tom Devriendt (Intermarché-Wanty-Gobert) lâchait, Küng et Van Aert se retrouvaient en difficulté et Mathieu Van der Poel n’était déjà plus dans la discussion. Dylan van Baarle se détachait petit à petit de Mohoric et Yves Lampaert (Quick-Step Alpha Vinyl Team). 

Dans le secteur suivant, celui du Carrefour de l’Arbre, le Néerlandais s’envolait définitivement. Van Aert et Küng refaisaient leur retard sur les poursuivants pour se disputer la deuxième place, finalement remportée par le Belge. Van Baarle levait les bras sur le Paris-Roubaix le plus rapide de l’histoire, avec 1’47” d’avance sur son dauphin. Van der Poel finira 9e et deux Français (Adrien Petit et Laurent Pichon) prendront respectivement les 6e et 8e places. Le coureur d’INEOS ne gagnera pas d’autres courses en 2022 mais se montrera avec la 5e position de la 10e étape du Tour de France et une belle 2e place sur le podium du contre-la-montre lors de la 1ère étape de la Vuelta

Chez les femmes, Elisa Longo Borghini a succédé à Lizzie Deignan pour cette 2e édition du Paris-Roubaix femmes. Les cartes étaient redistribuées avec le forfait d’une des favorites, Marianne Vos, touchée par le Covid-19. L’Italienne décidait de tenter le coup seule, à 34 km de l’arrivée. Lotte Kopecky attaquait dans le groupe des poursuivantes pour reprendre les vingt secondes qui séparaient les deux coureuses. Mais elle n’arrivait pas à distancer Lucinda Brand et Ellen van Dijk notamment, deux coéquipières de Longo Borghini. Elle devra se contenter de la 2e place. La championne de l’Enfer du Nord a connu une année faste : le général du Women’s Tour, une étape de la Vuelta, le Tour d’Émilie et les Trois Vallées Varésines

 

Liège-Bastogne-Liège : le récital d’Evenepoel et de Van Vleuten 

Remco Evenepoel a su profiter de l’absence du vainqueur 2021 Tadej Pogacar, forfait pour soutenir sa femme dans le deuil de sa mère. Le Belge devenait le plus jeune vainqueur de la Doyenne des Classiques depuis 1968. Julian Alaphilippe, qui lorgne sur Liège-Bastogne-Liège depuis quelques années a été très malchanceux en chutant à 60 km de l’arrivée. Contraint à l’abandon, le Français a vécu un début de saison cauchemardesque en tombant sur les Strade Bianche et la Flèche Brabançonne. Un autre tricolore s’est illustré. Il s’agit de Bruno Armirail (Groupama-FDJ), très fort dans la côte de la Redoute et seul en tête à moins de 30 kilomètres de l’arrivée. 

Mais une attaque encore plus fulgurente allait faire la différence : celle de Remco Evenepoel, dans la même difficulté. Il reprenait Armirail à 20 bornes de Liège, dans la côte de la Roche-aux-Faucons et s’en allait seul triompher avec 48 secondes d’avance sur Quinten Hermans (Intermarché-Wanty-Gobert) pour sa première participation. Wout van Aert, 3e, laisse échapper un Monument de plus à l’un de ses rivaux. C’était quasiment le même scénario avec les femmes. Annemiek van Vleuten attaquait dans la Redoute sans conséquences directes et récidivait au niveau de la Roche-aux-Faucons. Cette fois-ci, elle prenait une nette avance et s’imposait avec 43” secondes d’avance sur Grace Brown (FDJ-SUEZ-Futuroscope). Son deuxième Liège-Bastogne-Liège après 2019. Ce début de saison annonçait la couleur pour la suite : Van Vleuten allait être intenable en 2022. 

 

Tour de Lombardie : Pogacar pour la deuxième fois d’affilée 

La Classique des feuilles mortes célébrait la dernière course en carrière de Vincenzo Nibali double vainqueur de ce Monument (2015 et 2017) ainsi qu’Alejandro Valverde, deuxième à trois reprises mais jamais vainqueur en Lombardie. Le scénario rêvée d’une victoire pour une fin de carrière n’inquiétait tout de même pas Tadej Pogacar, qui a brillamment défendu son titre. Pourtant, de nombreux prétendants étaient de la partie avec notamment Enric Mas (Movistar Team), Aleksandr Vlasov (BORA-hansgrohe), Sergio Higuita (BORA-hansgrohe)Adam Yates (INEOS Grenadiers)Daniel Felipe Martinez (INEOS Grenadiers), Romain Bardet (Team DSM) ou Mikel Landa (Bahrain Victorious), pour ne citer qu’eux. 

Comme tous les Monuments cette année, la course se jouait assez loin de l’arrivée. À 19 km du but, Pogacar attaquait dans la montée du Civiglio (4,2 km à 9,7% avec un passage à 14%). Enric Mas et Mikel Landa avaient les jambes pour le suivre, pas les autres. Le trio devenait rapidement un duo avec Mas et Pogacar qui se montraient les plus en forme. Après s’être attaqués plusieurs fois, l’Espagnol et le Slovène réglaient finalement cette histoire au sprint. Mas lançait à 200 mètres mais Pogacar était le plus fort. Il prenait sa revanche sur son dauphin, quelques jours après la défaite subie sur le Tour d’Émilie. Mais surtout, il s’offrait un deuxième Tour de Lombardie et un troisième Monument à seulement 24 ans. Sa fin de saison canon (victoires sur le Grand Prix de Montréal et les Trois Vallées Varésines) permettaient de soigner un peu les plaies du Tour de France

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