Essai du Canyon Ultimate CF SL 8 Aero, un rapport performances / prix imbattable

Présentation

Il est rare qu’une marque envoie un vélo de milieu de gamme pour un essai sur un nouveau modèle. C’est pourtant le choix de Canyon, avec cet Ultimate CF SL 8 Aero. Pour rappel, l’Ultimate est disponible avec plusieurs niveaux de fibres, CFR pour l’ultra haut de gamme, CF SLX pour le haut de gamme et enfin, cette gamme CF SL pour une version plus accessible.

La gamme débute à 3199 € avec une transmission mécanique Ultegra, pour finir avec ce CF SL 8 Aero à 4999 €. Un Ultimate Aero, allons donc ! Un choix surprenant dans cette configuration avec roues hautes (50 mm avant et 62 mm arrière) qui dénotent clairement avec le positionnement originel de l’Ultimate. Et pourtant, un choix qui pourrait s’avérer payant, Canyon proposant ainsi une alternative à un Canyon Aeroad relativement exigeant et surtout, plus cher de 1500 € pour un équipement équivalent et un poids identique. Et tout le monde ne roulant pas à 40 voire 45 km/h de moyenne pour tirer le plein potentiel d’un Aeroad, pourquoi pas…

Et Canyon ne veut plus “limiter” l’Ultimate à uniquement un vélo de montagne. Non, il doit être plus que cela.

Au premier coup d’oeil, on reconnaît un Ultimate. Et pourtant, bien des choses ont changé sur cette cinquième génération.

Les formes des tubes ont été retravaillées pour le rendre encore plus aérodynamique, car pour faire gagner en vitesse ce vélo, Canyon ne s’est pas seulement contenté d’y affubler un cockpit et d’intégrer la câblerie. Non, les formes des tubes ont été repensées, c’est particulièrement prégnant au niveau du tube diagonal, mais aussi au niveau de sa “jonction” avec la douille de direction. Canyon annone jusqu’à 10 watts de gain pour le cadre seul à 45 km/h. Dans le même temps, la rigidité au niveau du tube de direction augmente de 15 %.

A noter que Canyon s’est associé au spécialiste Swissside pour améliorer l’aéro de cet Ultimate. Une amélioration qui sera sensible dès 14 km/h.

En revanche, les haubans ne cèdent pas à la mode de l’accroche sur le milieu du tube de selle. Non, dans un but de privilégier toujours le confort, les haubans restent fixés en haut du ce tube de selle, formant un troisième triangle plein entre le tube supérieur et le tube de selle.

Afin de le rendre encore plus polyvalent et confortable, le dégagement pour les pneus a été accentué, permettant de monter des sections jusqu’à 32 mm. D’origine, l’Ultimate est livré avec une monte asymétrique, 25 mm à l’avant pour l’aéro et 28 mm à l’arrière pour la filtration.

Un confort qui passe aussi par une nouvelle tige de selle en forme de D avec une nouvelle conception de pince interne qui saisit la tige vers le bas, augmentant sa longueur de flexion.

Comme je l’avais constaté lorsque j’ai pu photographier ce nouvel Ultimate sur le Tour de France, le système de serrage a été déplacé de l’arrière vers l’intérieur du triangle du cadre, le rendant ainsi moins sensible à la boue et aux éclaboussures.

L’autre grosse nouveauté sur cet Ultimate, c’est son nouveau cockpit, qui participe à son aérodynamisme et sa modernisation, mais ça, je vous en reparle plus bas dans la partie équipement.

Comme souvent chez Canyon, le choix des couleurs est assez restreint. Ce CF SL 8 Aero n’est proposé qu’en deux coloris, noir / blanc et ce magnifique – pour peu qu’on aime le bleu – noir / bleu. Un bleu subtilement métallisé qui est du plus bel effet. Mais bon, aimant le bleu, je ne suis pas du tout objectif sur ce point !

Cet Ultimate se montre plutôt léger, avec seulement 7.50 kg mesurés (sans pédales mais avec porte-bidons) sur mon peson digital en taille S. Le même poids que l’Aeroad CF SLX 8 dans la même taille. Un poids très correct pour un vélo proposé à 4999 € et équipé de roues hautes DT Swiss ARC 1600 de 50 et 62 mm de haut qui sont loin d’être ultra légères.

Equipement

Cet Ultimate CF SL 8 Aero est équipé du tout dernier groupe Shimano Ultegra Di2 à 12 vitesses. Vous n’aurez pas mieux dans la gamme CF SL, ce qui paraît plutôt logique pour conserver un positionnement tarifaire intéressant. Un groupe qui fonctionne de manière identique au Dura-Ace Di2, dont on n’a plus à vanter les qualités.

Le vélo est équipé de plateaux 52-36 et d’une cassette 11-30. Un choix plutôt logique pour ce type de vélo et sa cible. A noter que le pédalier est équipé d’un capteur de puissance 4iiii, ce qui rend ce modèle à 4999 € encore plus attrayant. Par contre, impossible de modifier les longueurs de manivelles ou d’opter pour d’autres dentures.

Le vélo est livré avec une paire de portes-bidons en carbone qui ne pèsent que 15 grammes pièces, fournis avec des vis titane. La selle est une Selle Italia SLR Boost Superflow S manganese annoncée à 208 grammes.

La tige de selle spécifique est en carbone et ne pèse que 100 grammes.

Les roues sont sans doute le choix le plus “osé” sur cet Ultimate CF SL 8. Ce sont elles qui justifient la dénomination Aero de ce vélo.

Des DT Swiss ARC 1600, avec un profil de 50 mm à l’avant et 62 mm à l’arrière et chaussées avec des pneus Continental Grand Prix 5000 de 25 mm à l’avant et 28 mm à l’arrière. Des roues développées en partenariat avec SwissSide. Canyon est l’une des seules marques de vélos à livrer ses modèles avec une montre asymétrique.

La roue avant est à 720 grammes et l’arrière à 950, soit un poids pour la paire de 1670 grammes. On est donc sur des roues pas extrêmement légères, ce qui permet plus encore d’apprécier le travail de Canyon sur le poids du cadre et de la fourche. Ceux qui ont des roues à 1400 grammes la paire pourront facilement passer sous les 7.2 kg.

Pour le freinage, on trouve un disque de 160 mm à l’avant et 140 mm à l’arrière.

Aerocockpit CP0018 et support compteur

Le poste de pilotage Aerocockpit est donc strictement le même que celui qui équipe l’Aeroad. Cet Aerocockpit CP0018 permet un réglage simple de la hauteur et de la largeur.

Plus facile à transporter, tous les câbles et conduites sont acheminés en interne via la barre en T centrale et les ailes de chaque côté. La barre en T centrale ne mesure que 230 mm de large. Ainsi, le vélo peut être plus facile à transporter dans un coffre de voiture si nécessaire.

Un cockpit qui permet un réglage en largeur sur 3 niveaux. Pour celui qui équipe ce modèle en taille S, la largeur peut être réglée de 37 à 41 cm de large à l’aide de deux vis Torx. Par contre, on regrettera l’impossibilité de choisir une taille de cockpit spécifique, notamment pour la longueur de potence. Si on veut une longueur de 100 voire 110, ce n’est pas possible, d’autant que le cockpit n’est pour l’heure pas proposé en pièce détachée (mais son coût pénaliserait largement le prix de l’ensemble).

Canyon fournit avec cet Ultimate un support de compteur Canyon imprimé en 3D, développé en collaboration avec BASF et For ward AM 3D. Extrêmement sûr, léger (17 grammes) , aérodynamique et conçu pour se combiner parfaitement avec le cockpit Ultimate, il se fixe par dessous via deux vis en titane. Il est disponible en support Garmin et Wahoo.

Attention par contre, avec mon Garmin Edge 1040, il est difficile de faire la rotation à 90° du compteur sur ce support, sans doute en raison de la partie en aluminium sur le 1040. Avec un vieux Edge 530, dont la fixation est en plastique et usée, c’est plus simple. Espérons que ce produit tienne sur la durée, mais j’ai bien peur qu’il faille faire très attention avec les ailettes plastique des compteurs Garmin, plutôt fragiles.

Sur la route

Canyon a conservé la même géométrie que sur l’Aeroad pour cet Ultimate, j’ai donc très vite retrouvé mes marques, d’autant que le cockpit est lui aussi identique. D’ailleurs, comme pour l’Aeroad, je suis resté avec le cockpit réglé à 37 cm de large. Ca paraît super étroit au début, mais on s’y fait très rapidement, à tel point que passer sur un cintre à 42 cm donne l’impression de conduire un camion.

Deux choses transparaissent dès les premiers coups de pédales, le confort, toujours de haut niveau, mais aussi une rigidité en hausse. Pour autant, Canyon a su rester mesuré sur cette augmentation de rigidité.

Si j’avais apprécié la précédente génération d’Aeroad, j’ai trouvé la dernière mouture trop rigide dans les bosses, trop difficile à faire vivre. Pas désagréable quand on est en forme, mais limite pour un cycliste moyen. Le nouvel Ultimate ne verse pas dans le “trop” côté rigidité. Il y a juste ce qu’il faut en plus pour redonner du piment à ce modèle.

Et ces roues hautes de 50 et 62 mm qui pourraient paraître incongrues sur un Ultimate, permettent au contraire de faire ressortir tout le potentiel de ce vélo sur le plat et à haute vitesse. Si des coureurs professionnels (coucou Warren Barguil !) préfèreront sans aucun doute un Aeroad, nul doute que la majeure partie des cyclistes auront déjà fort à faire avec cet Ultimate CF SL 8 Aero, car même au-delà de 45 km/h, on ne ressent aucun “manque” par rapport à un vélo aéro pur jus.

L’inertie est suffisante et le vélo file parfaitement droit, sans aucun bruit parasite en provenance du cadre ou du cockpit. Et même en cas de vent, les jantes hautes ne perturbent pas trop la stabilité. Attention par contre, comme sur l’Aeroad, j’ai trouvé le cockpit assez souple dans sa partie basse. Cela peut surprendre sur des sprints ou de grosses relances mains en bas.

Mais ce qui est bluffant, c’est le confort de l’ensemble, aussi bien à l’arrière qu’à l’avant. Le vélo est un peu moins “cassant” sur l’avant qu’un Aeroad et c’est un vrai plus pour des sorties de plus de 3 heures. Même sur les très mauvais revêtements, où ces roues hautes pourraient se montrer trop raides, l’Ultimate sait filtrer très correctement, épargnant ainsi à son pilote de nombreuses vibrations.

Mais c’est bien dans les bosses que le caractère de l’Ultimate se retrouve pleinement. C’est ici qu’il creuse le plus la différence avec l’Aeroad. Et pourtant, ce n’est pas une question de poids, puisque l’Aeroad que j’avais testé était aussi léger que cet Ultimate à 30 grammes près.

Non, c’est bien la capacité à se déformer pour transmettre toute la puissance dès 180/200 W qui étonne, rendant le vélo facile, là où un Aeroad demande 250 voire 300 W pour être dans sa zone optimale. Des puissances que peu de cyclistes pourront développer longtemps dans des cols.

De fait, l’Ultimate se montre plus facile, plus tolérant et moins fatiguant sur les longues sorties avec du dénivelé, sans pour autant être mou. Dès que l’on se met debout sur les pédales, lé vélo répond de suite, se montrant incisif malgré ses roues hautes.

Preuve que s’en tenir au seul poids d’un vélo, c’est faire fausse route.

Dans les descentes, l’Ultimate offre une précision chirurgicale, bien aidé par les Continental Grand Prix 5000 qui offrent une excellente accroche.

Le vélo bascule facilement de gauche à droite dans les parties sinueuses rapides et se montre un peu plus stable encore que l’Aeroad sur les routes bosselées, ce qui évite des blocages de la roue arrière intempestifs sur de gros freinages et permet des appuis plus sûrs sur les courbes serrées.

Vous l’aurez compris, s’il s’est rigidifié et se montre plus aéro, l’Ultimate a su conserver ses qualités en montagne. Et pourtant, il ne s’agit là que de la version CF SL, la plus accessible. Les versions CF SLX et surtout CFR, encore plus légères, doivent sans doute être encore plus incisifs. A voir si cela ne se fait pas au détriment du confort et de la facilité pour les coureurs ne développant pas les performances des coureurs professionnels.

J’étais presque déçu à la réception d’un “CF SL”, et pourtant, ce modèle place déjà la barre très haut. Une véritable machine plaisir, accessible tant financièrement (compte tenu de son équipement) que physiquement ! Pas le plus rigide des vélos, sans doute pas le plus aéro, ni même le plus confortable, mais, tout au moins dans cette version CF SL, un excellent mélange de tout cela, bien dosé.

Et en haute montagne ?

L’Ultimate de Canyon a toujours été jusqu’à présent un vélo très efficace en montagne. Mais quid de cette nouvelle génération, surtout dans cette version Aéro avec ses roues hautes ?

Je voulais en avoir le coeur net, ce test a donc tardé à être publié, le temps de trouver une fenêtre météo / planning pour aller gravir un col Pyrénéens. Mon choix s’est porté sur le Port de Pailhères, vous pouvez retrouver la sortie ici. Si j’avais prévu à l’origine de gravir les deux versants sur la même journée, le vent très fort qui s’est levé m’a empêché de faire la seconde montée. Mais j’ai tout de même pu gravir le côté Ax les Thermes, avec ses 18.6 km à 6.9% de moyenne.

Malgré les roues hautes, l’Ultimate conserve sa facilité même dans les pourcentages au-dessus de 10%. Je ne suis pas un grimpeur, mais jamais je ne me suis réellement retrouvé planté sur cette montée en développant 220W en moyenne. Les roues hautes n’ont pas semblé pénalisantes. J’ai vraiment été étonné par cette “facilité” vu l’accroissement de rigidité et les améliorations aérodynamiques. Le tout, sans tomber dans l’excès, comme c’est, selon moi, le cas d’un Aeroad, trop “rigide” pour un cyclosportif moyen surtout en montagne.

Par contre, en descente, le pilotage s’est montré nettement plus technique avec les roues hautes. Comme indiqué juste au-dessus, le vent s’est levé durant la sortie, un fort vent qui a empêché mon projet initial de monter les deux versants de Pailhères (la seconde montée se serait faite vent de face).

Le vent tourbillonnant dans la descente m’a empêché de prendre réellement du plaisir sur la partie haute, avec l’avant du vélo assez instable passé 50 km/h. Une fois plus bas, un peu plus abrité du vent, j’ai retrouvé du plaisir a enchaîner les virages à grande vitesse. Clairement, si les roues ne sont pas pénalisantes en montée, dans la descente, si le vent s’en mêle, il faudra être bon descendeur et très concentré. Mon compagnon de route sur cette sortie, muni de roues de 37 mm, était nettement moins bousculé dans cette descente.

Avec des roues moins hautes

J’ai troqué les DT Swiss ARC 1600 de 50 et 62 mm du Canyon Ultimate CF SL 8 Aero, à 1650 grammes la paire par des Bikebeat Überflieger 2.0 Premium Disc 47 mm à 1500 grammes.

Autant le dire de suite, je trouve que ces roues correspondent mieux au comportement de l’Ultimate que les 50/62 d’origine, le rendant nettement plus polyvalent et agressif dans les bosses. Pas tant au niveau de la roue avant, qui est à peu près de même hauteur et de même poids, mais plutôt sur l’arrière, qui permet de gratter quelque 150 grammes.

Les roulements des moyeux DT 240 sont un cran au-dessus des DT 350 qui équipent les jantes d’origine. Mais difficile de mettre la sensation de meilleur rendement sur ces roulements, sur les pneus Michelin PowerCup 25 mm ou bien sur l’ensemble de la roue.

Des roues rigides, mais qui n’en demandent pas trop quand le rythme est faible, restant vivantes et confortables. Impossible pour moi de dire si, sur le plan aérodynamique, elles sont plus efficaces que d’autres, en revanche, en cas de vent latéral et surtout de rafales prononcées, elles se montrent plus stables que les DT Swiss ARC 1600. L’Ultimate réclame un peu moins d’attention dans ce cas, avec un avant moins surprenant sur de fortes rafales. Et pourtant, on est sur du 47 vs 50 mm. L’aéro des Bikebeat doit donc légèrement jouer en faveur de cette stabilité.

Bilan

Epoustouflant. Cet Ultimate CF SL 8 Aero, proposé à 4999 € n’a aucune concurrence à ce tarif, que ce soit en termes d’équipement que de comportement.

La raison d’être de ce CF SL Aero, c’est proposer une alternative à un Aeroad pour les cyclistes “moyens” qui n’ont soit pas le budget, soit pas la puissance nécessaire pour tirer pleinement parti du formidable potentiel d’un Aeroad. Ce modèle sera parfait pour la majeure partie des cyclistes qui roulent sur des terrains vallonnés, avec quelques bosses raides.

Bien sûr, ceux qui sont plus montagne auront intérêt à troquer les roues par des versions plus basses qui rendront le vélo encore plus facile dans les ascensions, mais si vous évitez la montagne lorsque le vent est de la partie, vous pourrez parfaitement aller poser vos roues dans les cols les plus pentus même avec ces roues DT Swiss ARC 1600.

Avec l’impossibilité de choisir la longueur du cockpit, au demeurant très ergonomique et confortable, c’est peut-être là la seule critique sur cette gamme CF SL de l’Ultimate, l’absence d’une version en Ultegra Di2 avec des roues en 40 mm par exemple.

Ou alors il faut se rabattre sur le modèle Ultimate CF SL 7 Di2 à 3999 € avec un groupe Shimano 105 Di2 et des roues alu.

Photos : Guillaume pour Matos Vélo – Sonam.cc

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