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Golgoths stéroïdés, rugby 08, Bouboulz… Ovale Masqué décape le match Bulls-Lyon

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Pas la peine de fatiguer Baptiste Couilloud : Jean-Marc Doussain est l'homme qu'il faut à Lyon pour affronter une équipe sud-africaine.
Pas la peine de fatiguer Baptiste Couilloud : Jean-Marc Doussain est l’homme qu’il faut à Lyon pour affronter une équipe sud-africaine. (©Icon Sport)

Après une tournée d’automne qui a fait péter tous les scores d’audience de France Télévision, voici le retour d’une autre compétition internationale passionnante : la Rugby Champions Cup ! Eh oui, la compétition la plus illisible du monde est du retour en décembre, en pleine Coupe du monde de foot et en concurrence directe avec les matchs de l’équipe de France. Encore une fois, toutes les conditions sont réunies pour déchaîner les foules.

Comme vous devez le savoir, ou bien, comme vous l’avez découvert par surprise en tombant sur une affiche digne du mode carrière de Rugby 08, la grosse nouveauté cette année est l’intégration des équipes sud-africaines. Une mesure qui enterre définitivement le terme « Coupe d’Europe de rugby » et qui a provoqué de nombreuses levées de fourches : accueillir des Africains n’est pas très populaire dans ce pays, même s’ils viennent en avion plutôt qu’en bateau.

Perso Bismarck du Plessis me fait plus peur que n'importe quel migrant, mais bon...
Perso Bismarck du Plessis me fait plus peur que n’importe quel migrant, mais bon… (©BeIn Sport)

Mais, par plaisir d’être à contre-courant, je vous l’affirme : moi, je suis totalement pour. Le rugby a toujours été un sport particulièrement absurde (je ne vais pas vous réexpliquer le concept de faire des passes en arrière pour avancer). Alors quoi de plus idiot que de nous proposer une rencontre entre la Section Paloise et les Toyota Cheetahs ? (si vous ne connaissez pas, non, ce n’est pas le club préféré de Pablo Matera). C’est improbable comme une poignée de mains entre François Bayrou et Nelson Mandela.

À la base, j’aurais dû écrire un compte rendu sur Munster – Toulouse. Hélas, cette rencontre n’avait qu’un seul intérêt : faire comprendre au monde entier ce qu’ont vécu les porteurs de lunettes au plus fort de l’épidémie de COVID. Plutôt qu’un match impossible à voir, je vous offre donc une rencontre que vous ne pensiez jamais voir : les Bulls contre le LOU !

C'est là qu'on voit que la Champions Cup c'est le très haut niveau : on a le droit au spectacle d'avant-match fait par le Puy du Fou de Pretoria.
C’est là qu’on voit que la Champions Cup c’est le très haut niveau : on a le droit au spectacle d’avant-match fait par le Puy du Fou de Pretoria. (©BeIn Sport)

Le film du match

Je vous parlais tout à l’heure du mode carrière de Rugby 08, et bien c’est vraiment ça puisque Bismack du Plessis et Morné Steyn sont présents sur le terrain ! À un âge où on va plutôt faire des piges au Japon ou aux USA, cela force le respect de vouloir continuer à s’infliger des matchs de Currie Cup contre des golgoths stéroïdés. Mais, rassurez-vous, les reliques du passé sont aussi présentes côté lyonnais, avec Jean-Marc Doussain, Jonathan Pélissier, Xavier Mignot, Felix Lambey, Loann Goujon et Noa Nakaitaci. Si je vous dis que ces personnes capitalisent plus de 50 sélections en équipe de France à eux tous, vous me croyez ? Et dire qu’aujourd’hui, on est les grands favoris de la prochaine Coupe du monde… on revient de loin les amis, de très loin.

Jean-Marc Doussain, déjà affuté alors que les fêtes de Noël ne sont même pas encore derrière nous.
Jean-Marc Doussain, déjà affûté alors que les fêtes de Noël ne sont même pas encore derrière nous. (©BeIn Sport)

Sur la pelouse, on trouve également des joueurs totalement inventés comme dans les jeux vidéo, à l’image du n°10 du LOU, un certain Fletcher Smith. « Mais si, je le connais, il jouait à Otago avec Mitchell Flanagan et Francis Tafua ! » vous dira un hipster du rugby sur Twitter. Ignorez-le poliment.

Les traditions sud-africaines sont respectées : un enfant est sacrifié avant le début de la rencontre en hommage à la divinité Bakkies Botha.
Les traditions sud-africaines sont respectées : un enfant est sacrifié avant le début de la rencontre en hommage à la divinité Bakkies Botha. (©BeIn Sport)

Dernier point commun avec l’univers vidéoludique : le style de jeu. On comprend très vite qu’on va jouer ce match en mode arcade, et que la défense sera comme le public en tribunes, totalement absente. Illustration avec le premier essai de l’ailier sud-africain Novuka : montée approximative, concours de plaquages du regard, pour finir sur un bon gros « bof, pas envie » de Noa Nakaitaci, ce pauvre homme qui, depuis la fin de ses années à Clermont, semble traverser la vie sans espoir, motivation ou attente, en patientant tout simplement le temps que la fin arrive. Ne l’accablons pas : les années PSA ont fait ça à beaucoup de gens.

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Mode super easy.
Mode super easy.(©BeIn Sport)

Quelques secondes plus tard, nouvel essai des Blue Bulls. Vous avez remarqué que quand on le dit vite, on entend « Le Bouboulz » ? Et ça c’est vachement rigolo. Cette fois, il intervient après un lancement de jeu consécutif à une touche. Les Lyonnais sont totalement passifs et indifférents, un peu comme quand il s’agit d’arrêter les groupuscules d’extrême-droite dans leur ville. Le demi de mêlée Van der Linde aplatit sous les poteaux, 7 minutes de jeu et déjà 14-0.

Notez le lyonnais qui préfère défendre sur le poteau plutôt que sur Van der Linde.
Notez le Lyonnais qui préfère défendre sur le poteau plutôt que sur Van der Linde. (©BeIn Sport)

Le match continue, et c’est plutôt agréable à regarder. Léo Berdeu, qui est aligné à l’arrière pour le LOU, a décidé de relancer tous les ballons et de terminer toutes ses actions par une chistéra, une sorte de « Thomas Ramos mode », mais celui de Toulouse, pas la version chiante du XV de France. On a l’impression de regarder un match de Super Rugby, mais avec Jean-Marc Doussain essoufflé au milieu, ce qui nous rappelle un peu l’hilarante pige d’Andy Goode aux Sharks de Durban. Morné Steyn est lui aussi d’humeur à nous faire rire, puisqu’il rate une pénalité en face des poteaux, peut-être la première de sa vie. Comme quoi, on peut se renouveler et surprendre même à 35 ans passés.

Une attaque mort-née (tuez-moi).
Une attaque mort-née (tuez-moi). (©BeIn Sport)

Une chose qui ne se renouvelle pas, c’est la défense lyonnaise, qui a le don de faire passer n’importe quel joueur quelconque pour Antoine Dupont. Bernard Van der Linde s’offre un doublé après « la feinte du facteur » la plus pétée de l’histoire, et ça fait 21-0 pour les locaux, et même 28-0 après un nouvel essai de Carr, sur lesquels les Sud-Afs’ ne se fatiguent même plus à inventer des lancements de jeu élaborés : on fait juste des pick and go, on avance tout droit et on fait confiance aux Lyonnais pour ne donner aucune opposition. 28-0 en 24 minutes, on est parti sur des bases de respect de cette compétition très élevées, même les Castrais trouvent ça abusé. Bien qu’inventeur du air-plaquage, Xavier Garbajosa est lui aussi choqué sur le bord de touche.

Au passage je n'ai jamais compris les expressions
Au passage je n’ai jamais compris les expressions « feinte du facteur » ou « feinte de la moustache », merci de m’expliquer. (©BeIn Sport)

Les Lyonnais doivent réagir, car ça commence à devenir au moins aussi embarrassant qu’un match de l’OL en 2022. Et pour réagir, il faut bien évidemment « se rassurer sur les bases ». Quoi de mieux qu’un bel essai sur ballon porté pour montrer à des Sud-Africains qu’on est également capables de maîtriser leurs traditions. Comme un symbole, c’est l’ancien joueur des Bulls Arno Botha qui va aplatir. 28-7.

Un beau tas.
Un beau tas. (©BeIn Sport)

Le match continue d’être divertissant, avec ce bon vieux Morné Steyn qui tente un drop. Alors que son équipe mène de 21 points. Pourquoi pas, hein. En tout cas, ça termine sur le poteau. Côté lyonnais, ça va beaucoup mieux. Et c’est encore une fois sur un ballon porté qu’ils vont marquer. À la conclusion, cette fois, c’est Liam Coltman, l’ancien talonneur All Black. 28-12 à la pause, le LOU ne s’en sort pas si mal, on va peut-être même avoir une seconde période compétitive !

Il a quand même l'air vachement géogien, pour un Néo-Zélandais.
Il a quand même l’air vachement géogien, pour un Néo-Zélandais. (©BeIn Sport)

Pourtant, dès la reprise, on déchante. Les Bulls marquent à nouveau d’entrée grâce à un slalom de leur autre ailier, Stravino Jacobs. Ce qui choque en premier lieu, c’est d’apprendre que « Stravino » est un prénom. Ensuite, c’est à nouveau l’engagement féroce des Lyonnais en défense. Encore une fois, mention spéciale pour Nakaitaci et son super-pouvoir camouflage qui lui permet de se transformer en objet inerte quand il a la flemme de faire quelque chose. Essayez chez vous quand on vous demande de faire la vaisselle ou la compta : « Désolé je ne peux pas, je suis une contrebasse ». Imparable.

Nakaitaci, c'est l'anti-Linkedin : droit à la paresse, volonté de toujours rester dans sa zone de confort. Personnellement, j'aime son style.
Nakaitaci, c’est l’anti-LinkedIn : droit à la paresse, volonté de toujours rester dans sa zone de confort. Personnellement, j’aime son style. (©BeIn Sport)

35-12. Dans la foulée, on est alors surpris : Nakataici se réveille et fait une belle action ! Ah non fausse alerte, c’était Veredamu. L’ancien international à 7 croise avec Ethan Dumortier, qui fait ensuite la différence avec ses appuis.

Un vrai feu d'artifice ce match ! (tuez-moi)
Un vrai feu d’artifice ce match ! (tuez-moi) (©BeIn Sport)

35-19. Il est désormais acquis pour tout le monde que ce match, c’est n’importe quoi, donc on voit des joueurs tenter n’importe quoi. On commence avec Arno Botha, notre solide n°8, qui réalise une belle percée derrière une mêlée, puis tente une chose qu’on lui a probablement interdit depuis l’école de rugby : jouer au pied. Le pire, c’est qu’avec un peu de réussite, ça fonctionne. L’ancien joueur du Munster claque un doublé, 35-26. Si on vous avait dit en 2009, alors que le LOU était en Pro D2 et que les Bulls venaient de gagner le Super Rugby, que vous assisterez un jour à un match de la sorte entre ces deux équipes, comment auriez-vous réagi ? Vous n’auriez probablement pas réagi car vous n’aviez rien à foutre du LOU déjà à l’époque, mais tout de même.

Quel geste gracieux !
Quel geste gracieux ! (©BeIn Sport)

Jusque-là, on assiste à un cauchemar pour tous les fans de dépossession. Regarder ce match peut probablement faire du mal à Fabien Galthié. Mais aux alentours de l’heure de jeu, le rythme chute enfin un petit peu. Morné Steyn commence à taper des chandelles, l’air de dire « oh ça va, j’ai 45 ans, j’en ai marre de vos conneries ». Les Lyonnais se montrent également plus pragmatiques, et Léo Berdeu prend une pénalité pour ramener le score à 35-29. On a l’impression que les mangeurs de rosette essayent de… gagner ?

En tout cas, en tribunes, Paul Willemse se régale.
En tout cas, en tribunes, Paul Willemse se régale. (©BeIn Sport)

Mais ce match est comme un enfant insupportable : son temps calme à peine fini, voilà qu’il recommence à foutre le bordel. Encore une fois, pas besoin d’action savamment construite et de temps de jeu interminable : n’importe quel ballon est dangereux quand personne n’a envie de plaquer. Et cette fois, c’est Chris Smith qui s’offre un essai en solo après avoir déchiré la défense des fans de Gérard Collomb. 42-29.

Voici l'essai de Chris Smith. A l'image du nom de ce joueur, il n'a rien de remarquable.
Voici l’essai de Chris Smith. A l’image du nom de ce joueur, il n’a rien de remarquable. (©BeIn Sport)

Preuve que ce match est complètement fou, même Dylan Cretin décide de faire un truc de déglingo. Oui, Dylan Cretin, ce très bon joueur de rugby, que l’on peut néanmoins aisément qualifier d’homme le moins charismatique du monde, puisqu’à côté de lui-même Julien Bonnaire on dirait Mick Jagger. Et bien aujourd’hui, ce bon vieux Dylan se lâche. Servi le long de la touche, le flanker se prend pour Cheslin Kolbe (la version originale, pas la contrefaçon toulonnaise) et place un superbe cad’deb. Derrière, Godwin tape à suivre pour lui-même et va marquer un essai qui vaut un point… non pas Godwin, mais de bonus défensif. Oui je suis fatigué, l’année a été longue pour tout le monde.

Dylan GENIE.
Dylan GENIE. (©BeIn Sport)

Après une dernière action complètement folle avec trois changements de possession, des relances de 50 mètres, des aufelodes dans le vide et une penaltouche du dernier espoir, l’arbitre décide de mettre fin à cette folie en tirant des fléchettes anesthésiantes sur les 30 acteurs de la rencontre. 42-36, c’est donc le score final de cette… chose.

Était-ce vraiment du rugby ? Peut-être pas. Était-ce divertissant ? Assurément. Allez, faites comme moi, soyez ouverts d’esprit et donnez une chance à cette nouvelle formule de la Champions Cup. De toute façon, si elle ne vous plaît pas, rassurez-vous, elle changera encore l’année prochaine. 

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