Guimard : «Les Flandriennes, ça peut convenir à Alaphilippe»

La saison cycliste 2022 sur route est terminée… mais l’actualité vélo, elle, ne s’arrête jamais ! Cyrille Guimard, consultant sur RMC Sport et La Chaine L’Equipe, nous propose sa “Chronique Bilan de l’Année” sur Cyclism’Actu. Comme toujours, on aime ou on n’aime pas mais ça se regarde et ça se lit ! Son bilan de la saison, le parcours du Tour de France 2023, ses favoris, les chances françaises, le potentiel retour en grâce de Julian Alaphilippe (Quick-Step Alpha Vinyl) et de Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) l’an prochain, sans oublier le flou autour du cas B&B Hôtels-KTM mais aussi ses projections pour 2023… tout y passe ! Bref, 30 minutes de discussion avec Le Druide et c’est à retrouver ci-dessous !

Vidéo – Cyrille Guimard débriefe 2022 et se projette sur 2023 !

 

“En Lombardie, Pogacar a rappelé à tout le monde que c’était toujours lui le patron”

Que retenir de cette fin de saison 2022 ?

Ce que je vais retenir en priorité, c’est la victoire de Tadej Pogacar sur le Tour de Lombardie, avec beaucoup d’autorité. J’avais le sentiment qu’il était un peu en roue libre, ou du moins démotivé et pas trop concerné par la fin de saison. Et puis au fil des épreuves qu’il a disputées après le Championnat du Monde, il s’est repiqué au jeu et on a retrouvé le coureur capable de gérer ses émotions en courses, de passer à l’offensive. En Lombardie, on a retrouvé le numéro 1 mondial, battu sur le Tour de France, mais qui a rappelé à tout le monde que c’était peut-être toujours lui le patron. 

Et puis il y a eu – et c’est sûrement important pour l’an prochain – la confirmation d’Enric Mas. Jusqu’au dernier Tour d’Espagne, on va dire qu’il était considéré comme un bon coureur mais pas obligatoirement comme un favori sur un certain nombre d’épreuves. Ses deuxièmes place sur La Vuelta et au Lombardie en font désormais un potentiel client parmis les favoris des grandes épreuves, surtout à étapes. Il faudra sûrement l’y intégrer. Sinon, je retiens le mariage de Remco Evenepoel (Rires). Quant à la victoire d’Arnaud Démare sur Paris-Tours, c’est bien pour lui de l’avoir remporté. Mais maintenant, il faut être un minimum objectif, quand vous avez le Tour de Lombardie la veille, et d’autres épreuves, le plateau n’était pas extraordinaire non plus. Même si on retiendra qu’il a gagné bien sûr.

 

Le numéro un mondial en 2022 et futur Vélo d’Or ?

Ça reste quand même Pogacar pour moi. Il suffit de regarder son palmarès. Ok, on va retenir qu’il a perdu le Tour. Mais il fait quand même deuxième. Quand vous faites deux du Tour, que vous gagnez le Lombardie plus tout le reste, avec notamment son exploit sur les Strade Bianche où il part à 80 kilomètres de l’arrivée… Derrière lui, on peut parler un peu d’Evenepoel, mais Pogacar reste malgré tout le numéro un de la saison 2022.

 

Le Tour de France 2023 : “Un beau parcours, mais seulement 22 kms de chrono, ça me dérange”

Je trouve que c’est un beau parcours. Même si on va dire qu’il y a une trentraine de cols, que c’est extraordinaire, je pense qu’il est quand même relativement équilibré. A une seule exception près, et là je le regrette, j’ai même presque envie de dire carton rouge : seulement 22 kilomètres de contre-la-montre sur le Tour de France, je trouve que ça fait très peu. Et je pense que ce n’est pas normal. N’oublions pas que le chrono, c’est l’épreuve de vérité, où chacun peut s’exprimer de façon individuelle. Ne faire que 22 km… Je ne vois pas pourquoi on ferait des vélos de CLM pour l’année prochaine ! D’autant qu’en plus, le seul chrono va passer par la Côte de Domancy jusque Combloux, donc on va peut-être le faire avec un vélo normal. C’est pour moi le seul vrai hic de ce parcours.

C’est vrai que les organisateurs ont un certain nombre de contraintes, mais quand on met 22 bornes, on peut très bien en rajouter une quinzaine sans déranger beaucoup de monde. Maintenant, peut-être aussi que c’est pour favoriser les Français… Comme ils sont un peu limités dans cet exercice, en mettre le moins possible – et sur un parcours sur lequel des Gaudu, Bardet perdront moins de temps que si c’était totalement plat – on peut se poser la question, même si j’espère que non. Même si au final, 10 ou 15 kms de plus, ça ne changera pas grand chose quand on regarde l’ensemble des cols et des arrivées au sommet. Mais sur la principe, ça me dérange.

 

Le retour du Puy de Dôme ?

C’est un retour très sympa. C’est une très belle montée, déjà empruntée à plusieurs reprises. La route n’est pas très large, il y aura peut-être des problèmes sur le plan technique. Mais faisons confiance aux organisateurs et aux collectivités pour que l’ascension se passe bien. Les coureurs arriveront en haut, les voitures peut-être pas ! Et puis il y a quand même tout une légende sur cette ascension. Entre autre celle du match ou du combat entre Anquetil et Poulidor, qui a permis à Poulidor de revenir dans le jeu du général. Malheureusement il y avait un CLM le lendemain sur lequel Anquetil refera la différence. Mais ça a été des moments très très forts.

 

Les favoris ? : “On part vers un duel entre Pogacar et Vingegaard”

Il n’y a jamais de surprises sur les noms des favoris des Grands Tours. Ils ne sont pas 25 en général. Vous pouvez les compter sur les doigts d’une main, et le vainqueur fera avec quasi-certitude partie de ces 5 là. Sur trois semaines, vous ne pouvez pas tricher. Sur une course d’un jour, vous pouvez gagner sur une échappée. Mais sur le Tour, vous avez suffisament de difficultés pour que les grosses cylindrées se retrouvent systématiquement. Donc on a déjà les deux premiers de cette année, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard. Après, il faudra voir si Egan Bernal pourra retrouver l’intégralité de ses capacités physiques. C’est toujours un gros point d’interrogation. Mais s’il revient à son meilleur niveau, ce sera un client sérieux pour la victoire. Après, une fois qu’on a cité les deux premiers, se pose la question du troisième que vous pouvez mettre ensuite… Aujourd’hui, sans savoir qui sera au départ, c’est difficile de répondre. On part vers un duel entre Pogacar et Vingegaard.

 

Les Français peuvent-ils viser un podium ? : “Ce sera difficile pour Gaudu ou Bardet”

Je n’en suis pas certain mais je l’espère ! Le problème, c’est qu’on sait très bien que Bardet ne va plus progresser maintenant, il est en phase plateau. Après, ce sont les circonstances de course qui pourraient faire que. David Gaudu prend une belle 4e place, liée à sa régularité. Car à aucun moment, il n’a été dans une situation où il pouvait créer, renverser, ou mettre en difficulté certains favoris. Il a surtout couru en étant “très avare” de ses efforts, pour faire en sorte d’être présent dans les finals. Mais il faut mieux que ça pour être sur le podium. Il y a un moment, il faut être acteur. Je pense que ce sera difficile, que ce soit pour David ou pour Romain, de venir sur le podium, même s’il n’y a que 22 km de CLM. C’est la réalité d’aujourd’hui : on n’a pas les coureurs à la pédale pour aller sur le podium, par rapport aux adversaires actuels, qui n’ont pour la plupart pas encore dépassé 26 ans, voire 22 ou 23. Mais si ça doit arriver, tant mieux, on signe tout de suite, et eux aussi je pense !

 

Quel Thibaut Pinot en 2023 ? : “Chercher à gagner des étapes c’est bien… y arriver, c’est mieux”

Il n’a pas été très adroit là-dedans en 2022, il faudra qu’il règle mieux son fusil ! (rires) On a vu quand même que Thibaut arrivait un peu à ses limites sur le plan physique. Cette année, il a tenté à plusieurs reprises d’aller dans les coups. Mais quand vous allez dans un coup de 25, si vous voulez gagner, il faut être le meilleur des 25. A aucun moment, il n’a été en position de véritablement s’imposer. Donc c’est difficile de l’imaginer gagner à la pédale au sommet sur le Tour 2023, s’il doit le faire. Chercher à gagner des étapes c’est bien, mais y arriver, c’est mieux. Mais aujourd’hui, on a pas beaucoup d’assurrance sur son niveau.

Et puis, sans vouloir être un oiseau de mauvaise augure, j’ai envie de dire : est-ce que Thibaut est encore vraiment coureur ? Est-ce qu’il a encore cette hargne, cette envie que l’on peut avoir quand on a 22 ans et qu’on veut tout casser ? Ou alors est-ce qu’on est rentré dans une forme de comportement où on accompagne les choses plus qu’on ait envie de les provoquer. Moi, honnêtement, j’ai le sentiment qu’il a perdu cette foi. Et bien sûr, s’il l’a perdue, il ne va pas à la gagne, comme il ne gagne pas, il démotive de plus en plus… Ce n’est pas la meilleure chose pour un coureur. Quand un coureur n’a plus envie, les résultats ne suivent pas. Malheureusement pour Thibaut, depuis 3 ans il y a eu des évènements qui ont fait qu’il n’a pu faire que des demis voir des quarts de saison. A partir d’un certain âge, vous finissez par vous limiter parce que vous n’avez pas assez de compétition, et vous perdez de votre efficacité.

 

Du grand Julian Alpahilippe en 2023 ? : “S’il revient à son meilleur niveau, il peut tout gagner !”

Il faut quand même rappeler qu’il a vécu une année plutôt difficile, avec de vraies grosses gamelles, comme à Liège mais aussi déjà aux Strade Bianche, sans oublier le Tour d’Espagne. Une année compliquée qui doit le faire un peu gamberger dans sa tête. Est-ce qu’il va retrouver sa niaque, son envie, son explosivité ? Il faudra d’abord qu’il passe un très bon hiver, je crois qu’il en est conscient. Et s’il revient à son meilleur niveau… Vous savez, Julian Alaphilippe à son meilleur niveau, il peut tout gagner. Je le dis depuis des années, il aurait même pu gagner le Tour de France. Même si ça me paraît un peu plus compliqué maintenant. C’est un coureur qui a une telle énergie, un tel dynamisme. Les Flandriennes, ça peut très bien lui convenir. C’est un ancien cyclo-crossman, donc les pavés ce n’est pas ce qui va le déranger ! Il sait tout faire, il va suffisament vite pour pouvoir l’emporter dans un petit groupe après 250 km très difficiles, il sait s’économiser sur les parties plus techniques…Donc pourquoi pas ! Le Tour des Flandres lui convient très bien, mieux que Paris-Roubaix, et encore.

 

Le cas B&B Hôtels-KTM : “Ça commence à devenir inquiétant, mais on croise les doigts”

C’est délicat. Personnellement, je n’ai pas assez d’informations pour savoir ce qu’il se passe. Mais ça commence à devenir inquiétant oui. Surtout pour les coureurs. Imaginons le pire. Que vont-ils devenir ? Mais j’espère que dans quelques jours, on aura des nouvelles rassurantes, et surtout la possibilité de voir cette équipe être la plus performante possible en 2023. Il y a quand même de très très bons coureurs, comme Axel Laurance ou Bonnamour, qui mériteraient aujourd’hui d’être en WorldTour. Donc wait and see et on croise les doigts pour que le dossier puisse être clôturé.

 

Quelles révélations pour 2023 ? “Juan Ayuso est le mieux armé”

C’est toujours difficile avec les coureurs qui sortent de Junior, voire qui le sont encore, et qui arrivent très tôt au plus haut niveau. Mais il y a un nom et un cas intéressant, c’est Juan Ayuso. Après, est ce qu’on peut le considérer comme une révélation, il a déjà tellement démontré de choses cette année. Je ne sais pas s’il sera au départ du Tour 2023, mais dans l’immédiat, c’est celui qui me paraît le plus armé pour aller jouer avec les Pogacar, Vingegaard et Roglic. Il l’a prouvé sur La Vuelta. Il sort tout juste de Junior, c’est quand même extraordinaire !

Et puis côté Français il y a aussi des choses intéressantes, avec Romain Grégoire, qu’il faudra suivre avec beaucoup d’intérêt, ainsi que Lenny Martinez, qui a montré de très belles choses en montagne. On a deux coureurs tricolores qui peuvent effectivement rentrer dans la cour des jeunes qui peuvent aller très haut. Mais je suis toujours assez prudent, donc attendons encore 6 mois pour voir comment les choses vont évoluer.
Pour conclure, on va obligatoirement vivre une grande saison 2023, tous les ingrédients sont là !

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