ITW/Le Mag – Marc Madiot : «Thibaut Pinot ? On peut s’interroger, mais !»

Quelques jours après Cédric Vasseur, c’est avec un autre manager général d’une équipe française que Cyclism’Actu a pu s’entretenir : Marc Madiot ! Et comme cela avait été le cas pour son homologue nordiste, c’est un patron très satisfait de ses troupes que nous avons retrouvé. Avec 20 victoires en 2022, dont 6 en WorldTour, ainsi que deux podiums sur des Monuments (Valentin Madouas troisième du Tour des Flandres et Stefan Küng troisième de Paris-Roubaix) et la quatrième place de David Gaudu sur le Tour de France, les coureurs de la Groupama-FDJ – septième du classement UCI à la fin de cette saison – ont fait particulièrement plaisir au dirigeant mayennais. Le bilan 2022, Thibaut Pinot, le recrutement interne et très jeune pour 2023, la situation de la B&B Hotels-KTM de Jérôme Pineau… beaucoup de sujets ont été abordés par un Marc Madiot plus motivé et passionné que jamais. Entretien.

Vidéo – Marc Madiot, son bilan 2022 et au micro de Cyclism’Actu !

 

“Le Tour 2022 de David Gaudu ? C’est un zéro faute ou presque”

Marc Madiot, que pensez-vous de la cuvée 2022 de la Groupama-FDJ ?

Avec le recul, je la vois comme une excellente cuvée, alors que juste après la saison, je la voyais comme une bonne année. Je me rends compte qu’on a été très compétitif sur les grands rendez-vous de la saison, que ce soit le Tour d’Italie, le Tour de France, le Tour d’Espagne et les Classiques. On a été là où on voulait être, c’est-à-dire avec les meilleurs, et on a 20 victoires qui sont toutes de qualité. C’est vraiment très positif en termes de résultats. C’est une année pleine et complète, avec des coureurs opérationnels tout le long de la saison. C’est sûrement l’une des meilleures saisons depuis la création de l’équipe.

 

L’an dernier, vous étiez également satisfait de votre saison 2021, mais il y avait ce bémol du Tour de France, qui ne s’était pas très bien passé. Mais en 2022, on peut dire que le Tour s’est très bien passé ?

Le Tour a été très bon pour nous dans la mesure où on a utilisé 100% de nos moyens par rapport au menu qui nous était proposé. On a vu une équipe très opérationnelle, très collective, avec une deuxième place au classement par équipes, ce qui situe quand même le niveau de performance de l’ensemble de nos coureurs. Et quand on met trois coureurs dans le top 15 du Tour de France (David Gaudu 4e, Valentin Madouas 10e et Thibaut Pinot 14e), on ne peut qu’être satisfait. Alors certes ce n’est pas le podium, mais on a largement montré le niveau du collectif.

Même si certains ont critiqué en disant qu’on n’avait jamais attaqué, je suis désolé mais il y avait quand même deux coureurs qui étaient largement au-dessus du lot (Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, ndlr), mais on était les meilleurs derrière les deux super favoris du Tour. Je pense donc qu’on a parfaitement rempli notre contrat. On a été présent durant les trois semaines du Tour de France, et je souhaite à beaucoup d’équipes de faire la même chose que nous dans le futur. Gaudu ? Il a répondu présent du premier au dernier jour, y compris sur des terrains qui ne lui étaient pas spécialement favorables. En montagne, il a parfaitement géré ses capacités et ses moyens, donc pour moi, c’est un zéro faute ou presque pour David Gaudu.

 

Surtout que la pression était forte sur ses épaules, avec un objectif de podium affiché avant ce Tour…

C’est cette ambition très élevée qui nous a permis de nous sublimer et d’aller au-délà de ce que certains pouvaient supposer.

 

“Le dossier Stefan Küng n’a pas été compliqué dans la mesure où Stefan voulait rester avec nous”

Il y a également eu deux podiums sur des Monuments, avec Valentin Madouas sur le Tour des Flandres et Stefan Küng sur Paris-Roubaix. Quand on connaît votre attachement aux courses flamandes, c’est quelque chose qui doit vous rendre fier ?

Oui, et d’autant plus qu’on a été capable de faire des top 10 dans toutes ces courses. C’est sûr qu’on retient plus le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, mais on a été opérationnel tous les jours et toutes les semaines, et ça c’est un élément qui est à prendre en considération. Je pense qu’on a une équipe en devenir dans ce domaine, on a des coureurs qui sont jeunes, qui ont pris de la confiance et de la force pendant toute cette période, donc ça va dans le bon sens.

 

Après une longue période de flou, Stefan Küng a finalement prolongé avec la Groupama-FDJ. Ça a été un dossier compliqué ?

Non, ça n’a pas été compliqué dans la mesure où Stefan voulait rester avec nous. Après, il fallait que, de notre côté, nous nous mettions en situation de pouvoir l’accompagner dans la durée, et c’est ce qui a été réalisé et fait. Stefan avait vraiment envie de rester avec nous. Ses objectifs ? Briller sur les Classiques, continuer à être au plus haut niveau dans les contre-la-montre et finir par, peut-être, décrocher un titre de champion du monde du chrono.

 

“Je pense qu’on aura du très bon Thibaut Pinot l’an prochain”

Et la saison de Thibaut Pinot, qu’en pensez-vous ?

Je pense que Thibaut avait besoin de se remettre en situation, et c’est ce qu’il a réussi à faire. Il était peut-être un peu prudent dans ses approches d’avant-saison, mais c’est parce qu’il avait un peu de difficulté à évaluer son niveau physique et comment son corps allait répondre à une année pleine et complète. Il avait besoin de se réconforter, de s’assurer que le corps et l’esprit étaient présents. Il s’est sans doute mis en dessous de ce qu’il pouvait espérer pour se rassurer et monter les marches progressivement, et c’est ce qu’il a pas trop mal réalisé cette année. Je trouve qu’il a plutôt bien accompli sa saison, il a été chercher deux victoires, ce qui est extrêmement important au niveau mental. Je crois qu’on va avoir du très bon Pinot l’année prochaine et pour toute la saison.

 

Et que pensez-vous des remarques de Cyrille Guimard, qui s’est demandé à plusieurs reprises si Thibaut Pinot avait vraiment retrouvé l’envie, la gnac ?

Cyrille voit Thibaut Pinot de sa fenêtre et nous on le voit d’une autre fenêtre. J’ai trouvé un Pinot prudent, ce n’est pas un optimiste de façon déraisonnée et euphorique. Il a besoin de remonter les marches les unes après les autres, s’assurer de monter d’une marche avant de s’attaquer à la suivante. Il faut lui laisser le temps de retrouver ses marques progressivement, il avait besoin du temps de la saison pour retrouver ses sensations. Vu de l’extérieur, on peut éventuellement s’interroger, mais nous, de l’intérieur, on a retrouvé progressivement un Pinot compétitif et je pense qu’on aura du très bon Thibaut Pinot l’an prochain.

 

Du changement dans le train de Démare : “On allait progressivement dans une impasse”

Jacopo Guarnieri et Ramon Sinkeldman, deux coureurs dédiés à Arnaud Démare, vont partir. Comment ça va se passer en 2023 sans ces deux piliers du train du Picard ?

D’abord, la première chose, c’est qu’on ne va pas chercher à les remplacer poste pour poste. Si on regarde bien les courses en ce moment, on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de blocs autour des sprinteurs. Il faut être capable de participer à une course de mouvement avant d’éventuellement finir par un sprint. On va donc essayer de s’adapter aux nouvelles situations du cyclisme d’aujourd’hui. L’idée, c’est aussi de faire monter en puissance des jeunes comme Laurence Pithie ou d’autres, qui vont prendre une place dans les trains pour emmener les sprints.

 

Arnaud Démare aura donc moins de monde à ses côtés l’an prochain dans les derniers kilomètres ?

Il aura du monde avec lui dans les derniers kilomètres, mais pas que pour les derniers kilomètres. Il n’y a qu’à voir les parcours proposés par les organisateurs, et notamment de Grand Tour. Ils cherchent à mettre des difficultés en cours de route pour donner du mouvement et de l’incertitude à la course, donc les schémas stéréotypés qu’on avait souvent sont de moins en moins évidents à retrouver sur l’ensemble d’un parcours de Grand Tour. En tant qu’équipe, il faut qu’on soit capable de s’adapter aux nouvelles situations et on s’est donc plus tourné vers cette stratégie d’adaptation. La facilité aurait été de rester sur les schémas qu’on avait mais je pense qu’on allait progressivement dans une impasse.

 

Huit coureurs de La Conti promus : “On va au bout de notre démarche !”

Pour 2023, la Groupama-FDJ a décidé de miser sur l’avenir avec sept recrues (huit si on inclut Paul Penhoët, qui a signé en août dernier) qui arrivent de votre équipe de développement, La Conti Groupama-FDJ.

Quand on a des coureurs de talent au sein de sa conti et qu’on va au bout de ses choix, on se devait de les prendre dans l’équipe. Quand je les avais rencontrés au mois de janvier, je leur avais dit : ‘si vous êtes bons, il y aura de la place pour vous. Et pas une ou deux places, il y en aura beaucoup plus’. On est resté dans notre logique de fonctionnement, à savoir développer et accompagner des jeunes coureurs, avant de les faire s’installer dans la WorldTour. Pour nous, c’était purement et simplement logique, et je note qu’on est la seule équipe du monde à faire ça. On va au bout de notre démarche ! Cela n’empêche pas le fait qu’on soit tourné également vers l’international. On ne se limite pas aux coureurs français, le talent est partout dans le monde. On a eu la chance d’avoir une cuvée exceptionnelle en 2022 et on s’inscrit dans cette continuité-là.

 

Et comment comptez-vous utiliser ces jeunes coureurs ? Les mettre dans le grand bain directement ou y aller tranquillement ?

En 2022, ils sont tous passés à tour de rôle dans la WorldTour, on a eu cette capacité et cette possibilité à les intégrer dans les courses du calendrier. Ils y ont démontré des capacités d’adaptation largemet au-dessus de la moyenne, et on va rester dans cette continuité. Ils vont encore franchir des paliers dans l’année qui vient et ils seront aussi, pour certains d’entre eux, présents sur des gros objectifs de la saison. On ne va pas se contenter de faire des courses de classe 1 ou de la Coupe de France avec eux, on fera des grands rendez-vous, c’est une certitude. En voir en Grand Tour ? Potentiellement oui.

 

“J’ai envie qu’un jour on gagne le Tour”

En 2023, ça va être la 27e saison de votre équipe et également votre 27e saison à la tête de celle-ci. De quoi rêvez-vous ? Qu’est-ce qu’il vous pousse à continuer, qu’est-ce que vous voulez encore réaliser avec votre équipe ?

Je veux aller plus haut, plus loin, plus fort et le plus souvent possible avec mon équipe. J’ai un effectif qui fait saliver, j’ai de l’ambition et de l’envie. Je suis régénéré avec cette arrivée massive de jeunes coureurs au sein de l’équipe. Non pas que j’étais mal avec les plus anciens qui étaient là précédemment, mais c’est une nouvelle époque qui démarre, avec de nouveaux objectifs et un nouveau groupe qui est en train de s’installer. C’est très excitant, c’est très motivant… moi j’ai 20 ans aujourd’hui !

J’aime la course, son adrénaline, sa tension. Quand je me rends au départ d’une épreuve avec mes garçons ou que je regarde devant la télé, il se passe toujours quelque chose en moi, et tant que ce quelque chose fonctionnera, je serai opérationnel. Le jour où je regarderai une course et que je n’aurai plus de montée en puissance intérieure, il sera temps de changer de métier. Mais ce n’est pas le cas et c’est pas pour tout de suite.

 

Gagner un Grand Tour avec l’un de ses coureurs, c’est l’objectif ultime de Marc Madiot ?

Pas que ! Oui, j’ai envie qu’un jour on gagne le Tour, mais j’ai aussi envie qu’on gagne Paris-Roubaix – même si on l’a déjà fait, mais il y a longtemps – qu’on gagne le Tour des Flandres, qu’on soit champion du monde, qu’on regagne Milan-San Remo ou qu’on regagne le Tour de Lombardie. J’ai envie de gagner des courses, qu’elles soient grandes ou petites. C’est toujours une immense satisfaction et une joie indescriptible.

 

“B&B Hotels-KTM ? On est au mois de novembre, c’est forcément délicat et difficile”

En tant qu’ancien président la Ligue nationale de cyclisme (LNC), avez-vous un avis personnel sur la situation très compliquée dans laquelle se trouve la B&B Hotels-KTM de Jérôme Pineau ?

Je ne suis pas au fait du dossier, je n’apprends les nouvelles qu’à travers les médias, mais je souhaite à Jérôme Pineau de s’en sortir et de trouver une solution pour au moins démarrer correctement la saison qui arrive. On sait qu’on est au mois de novembre, que c’est forcément délicat et difficile, donc j’espère pour Jérôme et tous les gens qui l’accompagnent qu’ils vont trouver une solution qui leur permettra de remettre un dossard à partir du 1er janvier.

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