La surfréquentation des membres de golf bientôt à l’origine d’une évolution du système de cotisation ?

surfrequentation-parcours-membres-cotisation Photo by MATT KING / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP

Voici un débat qui anime de plus en plus de discussions dans tous les golfs, principalement dans les structures associatives : certains directeurs estiment qu’il faut réfléchir à corréler le montant des cotisations de leurs membres ou des abonnements annuels au nombre de parties jouées.  

Au moment où chaque golfeur commence à réfléchir au renouvellement de sa cotisation, en pleine période d’inflation et d’incertitude, la question mérite d’être posée.

Surtout lorsqu’on sait que certains membres de clubs jouent parfois tous les jours ou presque et d’autres seulement une dizaine de fois par an.

Par Roland et Denis Machenaud et François Scimeca

 


En Angleterre, Harrogate Oakdale baisse ses tarifs,
augmente son nombre de membres et gagne de l’argent !


 

Cet été le magazine anglais National Club Golfer a soulevé le cas du club Harrogate Oakdale, dans le Yorkshire, qui vient de prendre des mesures inédites.

Face à la pression d’un nombre de joueurs en recrudescence, mais aussi face à la crainte d’une crise économique dont on ne peut ignorer les signes annonciateurs, le directeur a décidé de passer l’abonnement annuel de 1 400 euros à … 800 euros. Cependant dorénavant à chaque partie, les membres sont invités à payer 8 euros.

Ce changement de politique a connu un énorme succès avec pour effet immédiat d’attirer 300 nouveaux membres au club qui dispose d’un parcours signé Alister MacKenzie ouvert en 1914 !

Pour son directeur général, James Thomas, il s’agit surtout d’aider ses clients confrontés à des problèmes d’argent.

«Peut-être joueront-ils moins fréquemment que les années précédentes en raison d’une pression sur leurs dépenses de loisirs, mais cela signifie qu’ils peuvent conserver leur adhésion au golf et conserver ce lien avec le club qu’ils aiment. Je pense que notre proposition sera sans doute plus en rapport avec le marché. Nous aidons nos clients alors que nous sommes, je crois, au bord d’une récession… »

 

Surfréquentation = partie low cost

En France, la problématique est similaire.  Certains membres jouent tous les jours afin de rentabiliser leur abonnement au maximum. Le prix d’une partie devient alors ridiculement bas.

Comme ce genre de pratique a tendance à se généraliser, réserver un départ se révèle souvent une véritable mission.

Pour y voir plus clair Golf Planète a interrogé les directeurs du Golf de Biarritz, du Golf Bordelais, du Golf du Bassin Bleu à la Réunion et de Valescure. Si tous sont conscients du phénomène, certains y sont plus soumis que d’autres et réfléchissent aux solutions.

450 membres sur 850 n’ont accès qu’à 17 % des départs…

Marc Trémel (Biarritz)

 

 Au golf du Phare à Biarritz, avec ses 850 adhérents et ses plus de 10 000 green fees par an, les places au départ du tee 1 sont chères, voire très chères… !

« Je n’ai pas été vraiment surpris des statistiques de fréquentation de nos adhérents indiquant que les 100 joueurs les plus assidus utilisaient le tiers des départs réservés aux “adhérents”. Si l’on prend les 400 plus assidus, ils occupent 83 % des départs, laissant donc 17 % aux 450 autres.

Mon souci a été de réfléchir à un système permettant plus d’équité, d’autant que certains joueurs ne venant que quelques fois par an rencontraient toutes les difficultés du monde à pouvoir jouer, notamment le matin …. Ce n’était vraiment pas normal !

Marc Tremel (à droite sur la photo) transmet actuellement
la direction du golf de Biarritz à Stéphane Turin,
en provenance de Anahita (Maurice).

Nous avons donc instauré un quota de réservations garanties : 120 pour les adhérents 12 mois (compétitions non incluses) avec un tarif de 10 € pour chaque réservation supplémentaire.

Cette disposition n’empêche pas l’adhérent de se présenter sans réservation pour s’insérer dans une partie incomplète.

Évidemment, les 20 joueurs  “ultras assidus”, venant même les jours ou le vent souffle à 100 km/h ou sous une pluie diluvienne, n’ont pas approuvé le texte et ont signé une pétition… qui regroupait moins de 6 % de la totalité des adhérents.» 

Malgré ces dispositions, le désir de devenir membre au golf de Biarritz n’a pas faibli.

Avec une liste d’attente longue de près de 200 personnes, ce golf créé en 1888 est toujours aussi recherché.

«Il est important de faire comprendre qu’une cotisation ne permet pas tout, qu’un golf est un bien commun, qu’il faut le partager équitablement sans oublier les joueurs de passage qui font vivre le tourisme à Biarritz et ses alentours», conclut Marc Trémel.

 

Être membre ne se réduit pas à une histoire de cotisation…

Antoine Larribet (Golf Bordelais)

 

À un peu plus de 200 kilomètres plus au nord, le Golf Bordelais est géré par une association sportive à but non lucratif et la philosophie qui anime l’esprit du club, vieux lui aussi de plus d’un siècle, est tout autre. 

«Ici tous les membres du club deviennent, au moment de leur adhésion, propriétaire du terrain via une structure juridique dédiée. Ils sont donc chez eux !»  explique Antoine Larribet, président depuis 2014.

Le Golf Bordelais est club de membres relativement fermé, où la politique est tournée exclusivement vers les membres.

«Notre but n’est pas d’accueillir un plus grand nombre de green-fees ou de proposer des cotisations adaptées au besoin de chacun. Il n’y a que deux statuts possibles : celui de joueur et celui de non-joueur. Tous les joueurs, qu’ils jouent 6 jours sur 7 ou 4 fois par an, paient la même cotisation sans aucune exception. Une cotisation au prorata du nombre de parties ne pourrait qu’altérer la notion de membre qui nous tient tant à cœur.» 

Antoine Larribet est président du Golf Bordelais
et membre du conseil d’administration du
Groupement Français des Golfs Associatifs.

Ici comme dans d’autres “très grands clubs” privés, pas d’horaires de départ à réserver. Le nombre de membres est limité afin de faire bénéficier aux joueurs de la liberté et du confort de jouer quand ils le souhaitent.

« Nous avons fixé un nombre maximum de membres pour justement optimiser les conditions de jeu. Ceci implique aussi qu’il n’y a de nouvelles admissions que s’il y a des “sortants” ».

Un cadre accepté par tous qui garantit la bonne marche du club fondé en 1900 et perpétue les valeurs du “Bordelais”.

«Chacun a conscience qu’il participe à l’équilibre des comptes de l’association et qu’il ne serait être question de proposer des cotisations différentes en fonction du nombre de parties jouées dans l’année. Il y a une autre notion fondamentale : être membre, ce n’est pas être abonné ou adhérent. Cela ne peut pas non plus se réduire à une histoire de cotisation. C’est le désir d’appartenir à un club avec une histoire, une culture, une politique sportive, etc… C’est un tout.» 

 

Ce qui peut être questionné, c’est le droit de jeu illimité…

Stéphane André (Golf du Bassin Bleu)

Golf du Bassin Bleu et sa vue sur l’Océan Indien

 

Dans l’autre hémisphère, au beau milieu de l’océan indien, à près de 11 000 kilomètres de la métropole, le son de cloche est bien différent. Les enjeux aussi. La Ligue de la Réunion dénombre plus de 3200 licenciés pour deux parcours 18 trous et un parcours 12 trous.

La “pression” est donc bien plus forte qu’en Métropole.

Stéphane André occupe le poste de directeur du Golf du Bassin Bleu sur les hauteurs de Saint Gilles. Il est un gestionnaire avisé, parfaitement au fait de la problématique. Il milite pour un changement de paradigme.

 

Golf Planète : Existe-t-il un autre modèle économique pour les golfs que celui de l’abonnement ?

Stéphane André : « L’abonnement en soi n’est pas un mauvais principe. Les clubs de golf restent des clubs sportifs et il est important de conserver un sentiment d’appartenance. On peut même dire que le sport est conçu encore aujourd’hui sur cette idée qui structure les calendriers.
Ce qui peut être questionné est le droit de jeu illimité qui est lié à l’abonnement. Conséquence immédiate de cette pratique : plus vous jouez, moins vous payez à la partie. Et conséquence indirecte, dans des clubs, vous pouvez avoir des taux d’utilisation du parcours exceptionnels. Sur la Réunion, il n’est pas rare de voir des joueurs à 200 parties / an. Ils utilisent, à juste titre d’ailleurs, le potentiel de jeu qui leur est offert.

G.P. : Quelles sont les limites de ce système et y aurait-il une parade ?

S.A. : Chaque golf a son modèle économique. Et l’important est qu’il lui permette de se développer et d’afficher son identité. Reste que les investissements sont de plus en plus conséquents sur nos parcours – tous les prix flambent – et qu’il conviendra un jour de réfléchir à des modèles plus justes : avec cette idée que « plus on joue, plus on doit apporter une contribution positive au parcours. »

Ce n’est pas une idée révolutionnaire de dire que plus l’on joue, plus l’on doit payer. C’est aussi une manière de stabiliser et d’encourager les parcours à investir et à s’améliorer au profit des joueurs. Sans être un spécialiste de cette question, beaucoup d’observateurs s’accordent à penser qu’il y a un sous-investissement sur de nombreux golfs français.

Stéphane André est directeur du golf du Bassin Bleu à la Réunion

La parade est complexe à trouver. Comme je le disais précédemment, chaque club a ses propres particularités. Mais certains golfs ont mis en place des systèmes simples : un abonnement financièrement abordable avec un faible droit de jeu à régler à chaque partie. On constate ce système dans certains golfs asiatiques. C’est à mon sens un premier pas qui pourrait être franchi. Des adaptations du yield management, bien connu dans le transport et qui met en place des processus de gestion tarifaire au regard des disponibilités de départ, pourraient aussi être envisagées. Les périodes vertes et rouges en sont les prémices. La possibilité en est donnée par quelques éditeurs mais à la pratique, peu de golf ont recours au plein potentiel du système.

G.P. : Ces petites révolutions ne pourraient-elles pas faire peur et faire partir des joueurs vers d’autres disciplines ?

S.A. : Vous avez raison. En matière tarifaire, il faut toujours agir avec tact. Mais il y a des logiques économiques qui ne peuvent être passées sous silence, et ce pour le bien de la pérennité et du développement de nos clubs.

 

Certains jouent 10 fois par an, d’autres 300 !

Christophe Lauray (Valescure)

 

Toujours sous le soleil, mais cette fois celui de la Côte d’Azur, le Golf de Valescure comptabilisent 600 membres adultes. Une grande majorité d’entre eux est composée de retraités qui ont beaucoup de temps pour s’adonner à leur sport favori.

L’autre partie – une minorité – est composée d’actifs ou d’étrangers résidents dans leur pays d’origine, qui ont moins de temps ou sont tout simplement moins présents dans la région.

«La disparité de pratique entre les membres est grande», explique Christophe Lauray. Certains jouent moins de 10 fois par an alors que d’autres jouent près de 300 fois pendant la même période.» 

Le directeur du golf varois soulève deux points importants pour rendre son analyse plus pertinente.

«Sur ce sujet, il faut distinguer deux choses : d’abord la possibilité d’accès au parcours et la fréquentation, c’est-à-dire le nombre de départs utilisés par nos membres chaque jour, le nombre de parties jouées par chaque membre et donc la notion de “prix de revient” d’un parcours pour chacun.» 

Afin de laisser à tous les membres la même chance de pouvoir réserver le jour et l’horaire qui lui convient, une limite du nombre de réservations sur une période définie a été instaurée.

« Ainsi, en hiver, les membres ne peuvent réserver par internet que 3 départs sur les 7 jours ouverts aux réservations. Ce chiffre passe à 4 en période estivale avec l’allongement des journées. Ceci pour réguler les récurrences de réservation des membres souhaitant jouer tous les jours.» 

Pour satisfaire les joueurs de passage qui sont nombreux et bienvenus dans les alentours de Saint-Raphaël, quelques créneaux spécifiquement réservés aux “green-fees”, donc non accessibles aux membres, sont disponibles chaque jour.

«Pour ce qui est du deuxième point, le “prix de revient” d’un parcours est logiquement bien plus élevé pour le membre qui joue 10 fois par an que pour celui qui joue près de 300 fois. Pour davantage d’équité, nous devrions imaginer une cotisation “au nombre de parcours joués” ?» s’interroge Laurey.

S’il décide de répondre par l’affirmative à cette question s’en poseront alors d’autres : Comment établir un tarif ? Sur quels critères ? Un membre qui joue beaucoup aurait-il davantage de droits qu’un membre qui joue peu ? Et surtout comment dès lors bâtir un budget prévisionnel ?

Revoir le fonctionnement du club parait terriblement compliqué et risqué à ce directeur :

«Ces questions, tous les clubs du monde se les posent… Mais c’est ça la vie d’un club. Nous avons opté, par souci d’équité, pour une cotisation unique. Chacun paie le même montant, lui ouvrant les mêmes devoirs et les mêmes droits, ainsi que les mêmes possibilités d’accès aux installations.» 

Christophe Lauray est directeur du golf de Valescure.

Aujourd’hui dans beaucoup de clubs français, les membres ont le choix entre “semainiers” ou “plein temps”. Sans autres distinctions. 

«À Valescure, notre parcours a 127 ans, notre association 53 ans… Notre club est un lieu historique de partage et de convivialité où chaque membre aime à s’y retrouver, qu’il joue un peu, parfois, souvent ou beaucoup, avec la même volonté de partager des parties amicales ou en compétition avec d’autres membres.» 

 

 

Crédit Photos : Golf Planète, les clubs cités ©MATT KING / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP

 

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