Le GP Explorer est plus qu’une course d’influenceurs : on vous le raconte comme si vous y étiez

Lors de l’édition 2020 du ZEvent, Squeezie promettait d’organiser une course entre influenceurs s’il atteignait les 80 000 euros de dons. Deux ans plus tard, le GP Explorer est devenu une réalité. Nous avons suivi l’événement qui a réuni plus d’un million de spectateurs sur Twitch.

Samedi 8 octobre a eu lieu le GP Explorer. Organisée par Squeezie et l’Automobile Club de l’Ouest, cette course sur circuit, encadrée par des professionnels, a mis en scène vingt-deux influenceurs au volant de voitures monoplaces sur le célèbre circuit Bugatti du Mans. Même en relisant cette phrase plusieurs fois, il nous est difficile de réaliser que tout ça est réel. Oui, une vingtaine de créateurs de contenus ont bel et bien fait la course sur un vrai circuit, au volant de vraies voitures de Formule 4 homologuées et utilisées par des pilotes professionnels. Le tout était diffusé de 8 heures à 19 heures sur la chaîne Twitch de Squeezie, et même accessible au public dans la limite des 37 000 places disponibles, toutes vendues des semaines avant l’événement.

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L’affiche du GP Explorer // Source : image officielle

Si cette journée de course a attiré autant de monde, c’est aussi parce qu’elle a bénéficié d’une force de frappe colossale en matière de communication. Vingt-deux créateurs et créatrices (18 hommes et 3 femmes, triste reflet de la “parité” sur la plateforme) ont annoncé quasi simultanément leur participation à la rencontre, ce qui a évidemment attiré plein de spectateurs venus de communautés différentes.

Résultat, le public du GP Explorer était composé de fans de jeu vidéo venus encourager Gotaga, de curieux d’automobiles qui suivent la chaîne de Villebrequin et, plus généralement, de gens qui souhaitaient supporter leur vidéaste préféré, peu importe le contenu qu’il ou elle produit ou ses performances au volant. Le public est venu pour la course, mais aussi pour les gens.

Un événement Twitch, mais surtout une vraie course

Un live d’une échelle inédite

Ce n’est pas la première fois que des acteurs de la scène Twitch ou YouTube se mettent en scène pour une performance sportive sur Internet. On se souvient notamment de la traversée de la Manche à la rame par les YouTubers McFly et Carlito, de Ponce et Domingo qui ont gravi le Ventoux à bord d’un tandem ou, quelques mois plus tôt, de Domingo et Zerator contre Gaël Monfils et Benoit Paire à Roland-Garros. Malgré cela, le GP Explorer a repoussé les limites. Son échelle est inédite pour les créateurs français.

Écuries, sponsors et couleurs… Un GP comme en vrai

Course de F4 oblige, les 22 participants étaient répartis en écuries de deux pilotes. Sans surprise, chaque écurie était sponsorisée par une marque bien familière du paysage YouTube. Squeezie et Gotaga couraient par exemple sous les couleurs de Call of Duty Modern Warfare II, Sylvain et Pierre conduisaient une voiture NordVPN, Joyca et Théobabac participaient sous les couleurs de Rhinoshield, tandis que Manon Lanza et Djilsi ont eu le droit au constructeur automobile Alpine. Onze sponsors officiels pour les écuries, en plus des entreprises qui finançaient l’événement dans sa globalité, comme TikTok ou Orange. Un vrai événement sportif.

Grâce à ces partenariats, Squeezie et ses équipes ont pu facilement rentabiliser une partie des frais engagés pour le GP Explorer (on en reparlera plus bas), tout en donnant un aspect de vrai grand prix à l’événement, en reprenant les codes du milieu de la Formule 1. Les logos des sponsors étaient bien visibles, chaque voiture portait des couleurs vives et facilement identifiables… La filiation avec les codes du sport automobile transparaissait même à travers les tenues des participants, tenus de porter des vêtements aux couleurs de leur sponsor et d’enfiler la fameuse casquette de l’écurie en s’exprimant devant une caméra.

Autre chose à ne pas oublier : le GP Explorer s’est déroulé sur un vrai tracé de course, le circuit permanent Bugatti qui accueille notamment une partie du parcours des célèbres 24 heures du Mans. Des stands à l’équipe technique jusqu’aux mécaniciens, les centaines de personnes qui encadraient le GP Explorer ont rappelé aux spectateurs qu’ils assistaient à une vraie performance sportive.

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Les vingt deux pilotes quelques secondes avant le départ // Source : capture d’écran

Une réalisation télévisuelle

Les quelques doutes sur le sérieux de l’événement se sont rapidement envolés devant l’ampleur du dispositif mis en place toute la journée. Un plateau de commentateurs, une couverture en direct depuis les gradins assurée par un vidéaste, des dizaines de caméras sur tout le circuit, des plans “caméra embarquée” à bord de de chaque voiture et la réalisation générale assurée par Olivier Denis (le réalisateur des 24 Heures du Mans) avec AMP Visual TV, spécialisée dans la couverture de compétitions sportives à la télé, ont donné un aspect extrêmement professionnel à l’événement. Ce n’est pas juste le live Twitch le plus cher de l’histoire du média, c’est avant tout une course automobile qui propulse les vingt-deux participants au cœur d’un milieu que la plupart ne connaissent pas.

Pour beaucoup de participants, c’est un baptême du feu

Expliquer la F4, l’autre réussite du GP Explorer

Pour les spectateurs comme pour les participants, le GP Explorer est quelque chose d’inédit. Il faut à ce propos saluer le travail des équipes et des commentateurs sur place pour vulgariser et expliquer aux non-initiés les enjeux d’une telle course. À travers les commentaires de Romain Monti et Anastasia Lps toute la journée (eux aussi créateurs de contenus autour du sport automobile), on note une volonté de présenter les spécificités du circuit, le fonctionnement d’une voiture de Formule 4 et une constante mise en avant du travail des dizaines de mécaniciens et des quelque deux cents commissaires de piste bénévoles présents sur place. Le travail de sensibilisation, porté par une réalisation digne des plus grands formats télévisés, rend l’événement particulièrement plaisant à suivre même si l’on ne suit pas spécialement le sport automobile. Le GP Explorer n’était pas qu’une course entre amis.

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Chacun des 22 pilotes a suivi une formation assidue // Source : capture d’écran

« Je me demande si je n’ai pas envie d’arrêter »

Ça tombe peut-être sous le sens, mais ça mérite d’être réécrit : on ne rentre pas dans une voiture de Formule 4 comme on rentre dans une Twingo en allant faire ses courses. Il s’agit d’une discipline encadrée, exigeante et dangereuse, qui nécessite de former les pilotes et de les sensibiliser aux dangers qu’ils s’apprêtent à encourir. Chacun des vingt-deux participants a ainsi eu droit à plusieurs jours d’entraînement intensif au circuit, à des cours de pilotage et à une formation assurée par un professeur officiel de la FFSA, la Fédération Française du Sport Automobile. C’est un projet sur lequel beaucoup de créateurs de contenus disent travailler depuis plusieurs mois, et certains expliquent même avoir eu des moments de doute tout au long de l’aventure.

« On a eu trois sessions d’entraînement – à la deuxième session il y a eu un moment où j’ai eu très peur, je voulais tout arrêter. Je me disais que je n’aimais pas ce que je faisais, je ne savais pas ce que je faisais là. »

Djeuna, créatrice de contenus

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Le YouTuber Sofyan, dans sa vidéo racontant la préparation à l’événement // Source : Capture d’écran

Le YouTuber Sofyan, qui participait à l’événement sous l’écurie iGraal, publiait une vidéo le 2 octobre dernier dans laquelle il revenait sur son rapport compliqué à la conduite. Victime d’un accident il y a dix ans, il expliquait être tétanisé au volant de sa Formule 4. « Il y a des gens qui ont encore très peur », explique-t-il. « Certains prennent des risques, d’autres sont prudents, et il y en a qui n’ont pas peur pour leur vie. […] Je suis à un stade où je me demande si je n’ai pas envie d’arrêter. La peur elle est et elle reste. Mais tu ne peux pas abandonner quand tu réalises la chance que t’as d’être là. »

Il revenait également sur l’abandon de Maxenss, qui a décidé de sortir de la compétition en partie parce qu’il préférait ne pas prendre de risque. En effet, les profils varient énormément d’un participant à l’autre, et tous ne sont pas forcément prêts à risquer leur vie pour l’amour de la compétition. Seb, par exemple, n’a obtenu son permis de conduire que quelques semaines avant l’événement.

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Deujna qui parle de ses doutes et de ses inquiétudes avant l’événement // Source : capture d’écran

À quelques jours de la course, on sentait quand même une certaine tension chez les participants, qui expliquaient pour beaucoup « réaliser la chance qu’ils ont d’être là ». La créatrice de contenu Deujna est elle aussi revenue sur son rapport au GP Explorer dans une vidéo intitulée « J’ai failli abandonner le GP Explorer ». Un format court d’une dizaine de minutes, avec moins de montage que d’habitude et une certaine franchise face caméra. « À la deuxième session d’entraînement, on a eu un accident et j’ai failli tout arrêter », dit-elle. « Il n’y a pas un seul entraînement où je n’ai pas pleuré. Et il y a l’ego aussi, t’as envie d’arrêter, mais tu te dis que si tu arrêtes, c’est un peu comme un échec. Je suis une merde si j’abandonne maintenant. »

La priorité, pour beaucoup d’entre eux, n’était pas de terminer en pôle position, mais de finir la course. Pilotes le temps d’une journée, les vidéastes ont pour la plupart dû faire le point sur ce qui les motive à participer à un tel événement et mettre de côté leurs peurs, pour « être content de l’avoir fait une fois la course terminée ». En ayant suivi leurs aventures dans les semaines qui ont précédé la course, il est difficile de ne pas la suivre sans une certaine crainte que quelque chose se passe mal, ou que quelqu’un se blesse sur le circuit.

Fort heureusement, les participants étaient encadrés par des dizaines de mécaniciens, de formateurs et d’ingénieurs qui limitaient au maximum les risques encourus. On leur rappelle que ce qu’ils font comporte des risques, et tous ont conscience que finir la course sans accident importe plus que le divertissement le jour de l’événement.

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Joyca réalisant les dégâts après son accident // Source : capture d’écran

L’accident de Joyca

Le stress monte d’autant plus que durant la seconde phase de qualifications, en fin de matinée, le YouTubeur Joyca s’est engagé dans un virage en faisant une petite erreur d’angle, qui a suffi à lui faire heurter le bord de la piste de plein fouet, détruisant la partie avant de sa voiture. La course s’est immédiatement arrêtée et une vague d’inquiétude s’est emparée des stands. Fort heureusement, Joyca est sorti de sa voiture quelques secondes plus tard, indemne, et a pu rejoindre la course principale l’après-midi une fois sa voiture réparée par les ingénieurs du circuit.

Plus de peur que de mal, mais un rappel – s’il en fallait un – que le pilotage n’est pas à prendre à la légère. Un autre accident mineur est survenu quelques heures plus tard durant la course, lorsqu’un pilote a glissé sur la route et qu’une seconde voiture est entrée en collision avec son véhicule. Là encore, l’accident a été très rapidement pris en charge par les équipes du circuit et tout est revenu à la normale en quelques minutes.

L’euphorie du podium

Les inquiétudes et le stress des premières heures ont vite laissé place à l’euphorie, une fois le premier virage de la course passé. Les vingt-deux participants ont réalisé une course propre, ont créé des moments de tension et, cerise sur le gâteau, les craintes dissipées ont laissé place à un moment d’anthologie, quand les deux pilotes en tête de peloton (Sylvain Levy et Depielo) luttaient pour la première place, à seulement quelques dixièmes de seconde d’écart. Après une vingtaine de minutes d’un combat acharné, Sylvain Levy de la chaîne Villebrequin a été sacré grand gagnant du GP Explorer et s’est fait arroser de champagne sur le podium du circuit Bugatti, bien connu des amateurs de monoplace, au-dessus des dizaines de milliers de personnes qui ont envahi la piste du circuit.

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Le podium final, composé de Sylvain Levy, Depielo et Etienne Moustache // Source : photo officielle

Au total, ce sont plusieurs millions de spectateurs uniques et plus d’un million de personnes qui ont visionné l’événement simultanément sur Twitch durant toute la journée (un nouveau record). C’est sans compter les 37 000 places vendues pour assister au GP Explorer sur place, preuve que l’événement est une réussite pour les équipes de production et le sport automobile en général, qui jouit d’un joli coup de projecteur devant un public au rendez-vous. Squeezie est brièvement revenu sur la complexité de l’organisation de la course et les moyens mis en place depuis le début de l’année pour mettre cela sur pieds. Il n’a d’ailleurs pas retenu ses larmes quelques minutes avant le départ, quand ses équipes lui ont annoncé que l’événement rencontrait un tel succès.

De notre côté, il ne fait aucun doute que l’on a assisté à une journée particulière. Un format hybride, à mi-chemin entre un live Twitch pensé pour le divertissement et une émission de sport à la télévision, avec parfois le pire et le meilleur des deux mondes. En annonçant le GP Explorer, Squeezie le présentait comme son « premier événement sur Twitch » et au vu du succès de celui-ci, on se doute bien que ça ne sera pas le dernier.

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