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Lucien Favre, le mercato, le projet… Le directeur sportif de l’OGC Nice Florent Ghisolfi fixe le cap dans une première interview

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Tout juste revenu à l’hôtel de Marbella après être allé voir un match amical avec Dave Brailsford, Florent Ghisolfi s’est assis pendant plus d’une heure pour sa première grande interview niçoise accordée à Nice-Matin et L’Equipe. En poste depuis six semaines, le nouveau directeur sportif est venu combler un grand vide et a rapidement assis son autorité. Calme, posé et réfléchi, l’ancien milieu de terrain âgé de 37 ans observe et analyse tout de la semaine de stage de l’OGC Nice à Marbella.

A l’issue de l’entretien, il a filé rejoindre Dave Brailsford pour une énième réunion de travail. “Il faut maintenant mettre en pratique tout ce que je vous ai dit”, a-t-il lancé avant de nous quitter, l’esprit déjà tourné vers les prochaines conquêtes.

A quand remontent les premiers contacts avec Nice?

Quand j’ai reçu l’intérêt de l’OGC Nice, impulsé par Dave Brailsford, le président Jean-Pierre Rivère et Fabrice Bocquet, je me suis posé les premières questions. J’agis de manière instinctive et mon premier ressenti a été positif. Ensuite, il a fallu réécouter quel était le projet. J’arrivais au bout d’un cycle de trois ans à Lens (mai 2019-septembre 2022). On a fait des grandes choses, au-delà de nos espérances. C’était une décision difficile, je savais ce que je perdais à Lens. C’est un choix professionnel et un choix de vie dans lequel je suis aligné. Il a été fait dans le bon timing. Pour un directeur sportif, changer de club après le mercato, c’est le moins pire des moments. Je suis parti la tête haute et au bon moment. Je ne serais pas parti en mai avant le mercato. J’ai fait du mieux possible à Lens, en mouillant le maillot jusqu’au bout.

“Nice est un club très attractif”

A Lens, votre départ a été mal ressenti.

Quand on part dans une totale indifférence, c’est mauvais signe. Dans ce métier, on peut aussi partir avec une lettre à la main et la tête basse parce qu’on a fait du mauvais travail. J’ai reçu 100 % de témoignages positifs des gens du club parce qu’ils ont vu mon investissement pendant trois ans. Je sais où le club était quand je suis arrivé, je sais où il est aujourd’hui. C’est une fierté. Je souhaite que ça continue comme ça à Lens car c’est encore mon projet et ma saison.

Vous quittez Lens en ayant débauché deux cadres du club, ce qui a créé de l’amertume au RCL.

Pour répondre sur Ghislain (Dubois, préparation physique liée à la prévention musculaire) et Laurent (Bessière, directeur de la cellule performance) ce sont des personnes, qui sont venues à Lens alors que personne ne les connaissait. Aujourd’hui, Lens les juge importantes mais elles sont remplaçables, comme moi ou n’importe qui. Dans leur esprit, il a toujours été clair qu’ils me suivaient le jour où je changeais de projet, ce qu’ils ont fait.

Vous ne vous interdisez pas de recruter des joueurs à Lens?

Ce n’est pas mon objectif premier. Je suis bien placé pour savoir qu’il y a de très bons joueurs à Lens mais il y a déjà eu assez de rumeurs comme ça. Et puis, je ne veux pas que certains agents ou joueurs puissent utiliser mon départ à Nice pour mettre la pression sur le club de Lens, ce serait contre-productif. Je ne veux pas entrer dans ces spéculations. Si demain je dois recruter un joueur lensois j’appellerai Arnaud Pouille (DG de Lens).

Avez-vous été surpris quand Nice vous a sollicité?

C’est toujours valorisant quand Ineos et Nice viennent. C’est un projet international.

La proximité de la Corse a-t-elle été un argument personnel?

J’ai sondé mon entourage très proche. Je n’ai pas demandé à mes filles car je connaissais leur réponse, même si l’une d’elles est née à Arras. Elles sont attachées au RC Lens, quand je fais des visios avec elles, elles portent encore le maillot du RC Lens, mais ça viendra, elles apprendront à aimer l’OGC Nice. Dans l’ordre, j’ai pris ma décision, je l’ai acté en m’engageant avec Nice et, ensuite, je suis allé voir les dirigeants lensois et Arnaud Pouille pour leur annoncer mon départ. Je ne voulais pas rentrer dans une surenchère entre les deux clubs après la proposition (financière) de Nice. Ce n’est pas ce que je souhaitais faire.

Cette carrière de directeur sportif, à quel moment l’avez-vous envisagée dans votre vie?

Très tôt. J’ai eu un parcours qui a allié le foot et le monde de l’entreprise, j’ai fait des investissements, j’ai géré des entreprises, j’ai estimé que ce métier me convenait. Je m’y suis préparé. Mon esprit était prêt et les opportunités se sont présentées. Je suis toujours tourné vers la performance. J’aime créer l’organisation la plus performante possible, le management et la vision sportive me plaisent, c’est un mixte de tout ça. Pour prendre la bonne décision il faut de la fraîcheur dans mon métier et je me force donc à déconnecter. On est sur-sollicités.

Quels sont les fondamentaux à mettre en place pour bien recruter dans un club de Ligue 1?

Au-delà de l’œil, il faut avoir un projet sportif, et trouver le profil de joueur qui rentre dans ce projet. Tout part du système de jeu et de l’identité du club. Le même joueur peut s’intégrer à Lens et moins bien à Nice. Partant de là, il faut cibler des bons profils. Ensuite, il faut une très bonne organisation sur le recrutement, je la développe en ce moment, pour se positionner sur le meilleur profil. Il faut implanter la structure qui va les accueillir et les développer au club. Et puis construire un staff performant pour que ces recrutements soient des réussites.

Florent Ghisolfi ne promet pas un mercato hivernal très animé. Photo OGC Nice Media.

“Ineos n’est pas associé aux stars mais à la performance, à l’élite”

C’est quoi la future identité niçoise?

L’identité niçoise me parle. Il y a une proximité entre Lens et Nice, cela peut sembler aux antipodes mais dans la culture, il y a des choses proches, ce sont deux clubs à forte identité. Nice est un club qui demande de l’envie et de l’engagement, c’est culturel et ça tombe bien car ça me correspond. Mais on a aussi notre propriétaire, Ineos, donc on doit le prendre en compte dans notre identité. Ineos, c’est discrétion, humilité et performance. Notre identité doit donc aussi être professionnelle et tournée vers la performance.

Ineos, c’est aussi des stars, en athlétisme ou dans le cyclisme, mais pas encore dans le football à Nice.

Pour moi, Ineos n’est pas associé aux stars du sport mais à la performance et à l’élite. A chaque fois, ce sont des gros travailleurs. Dans le marathon, on n’est pas dans la starification mais dans le travail. La première chose que m’a dite Jim Ratcliffe c’est qu’il aimait travailler dans la discrétion. Et que la confidentialité doit être gardée pour aller vers la performance.

Un projet international comme Ineos peut-il se passer de joueurs connus dans le monde entier?

Plutôt que de parler de grands joueurs, je préfère parler de grande équipe. On va commencer par renforcer la cellule recrutement, le staff de l’équipe pro, celui de l’équipe réserve, la façon d’accueillir ces joueurs. On va bosser sur le club avant d’empiler les très bons joueurs. Ensuite, ce ne sont pas les noms qui m’intéressent mais ce que le joueur apporte à l’équipe, son état d’esprit, sa complémentarité. ça va se faire par étapes.

Mais les supporters niçois rêvent de stars…

C’est quoi une star? Le grand joueur est celui qui va performer. Quand il signe il peut être méconnu puis devenir un grand joueur chez nous. A l’inverse, tu peux recruter un nom qui va réjouir les gens en étant performant deux semaines avant de s’éteindre. On en a connus dans tous les clubs. Mon objectif est de trouver des joueurs qui seront des grands joueurs à l’OGC Nice et construiront une équipe performante.

Il ne faut donc pas s’attendre à voir arriver des joueurs de renommée internationale?

Il sera important d’avoir des joueurs incarnant notre projet. Je me méfie des concepts de stars ou de tête de gondole. Des joueurs arriveront avec une certaine aura, et, en plus, ils correspondront à l’identité du club. On y travaille. Pour faire un parallèle, c’est l’arrivée à Lens de Seko Fofana pour incarner le projet. Quand Paris fait (Zlatan) Ibrahimovic c’est parce qu’il incarne le projet parisien des Qataris. Ibrahimovic correspondait à l’identité du Paris-SG, gros travailleur et grand pro. A nous de trouver nos incarnations.

Nice est-il un club attractif? Plus que Lens?

Nice est un club très attractif, mais il ne doit pas l’être pour les mauvaises raisons, la Côte d’Azur et l’aspect financier. Il doit l’être pour la clarté du projet sportif et c’est sur cela qu’on va travailler. C’est une force pour nous.

Ce que vous voulez faire peut-il ressembler au modèle du Red Bull Leipzig, des moyens au service d’une grande équipe sans forcément de grands noms?

Exactement, c’est l’un des exemples à suivre. Il y a un paquet de clubs comme ça, l’Atalanta Bergame ou Leipzig sont devenus des clubs qui jouent régulièrement la Ligue des Champions sans avoir une politique de stars. Aujourd’hui, en dehors du Paris-Saint-Germain, peu de clubs ont vraiment une politique de stars, c’est plus un fantasme.

Florent Ghisolfi a fait le point sur les dossiers chauds. Photo OGC Nice Media.

Avez-vous des sources d’inspiration chez les autres directeurs sportifs?

(Il réfléchit) Je n’ai pas d’exemple mais je peux m’inspirer de certains. J’ai pas mal étudié la façon de travailler de Luis Campos, avec qui j’échange. J’apprécie sa philosophie, il ne court pas après les stars. Sur les dix dernières années, c’est le seul à avoir été champion ailleurs qu’à Paris, avec deux clubs différents (Monaco et Lille). Il a construit des effectifs de grande qualité avec une forte complémentarité et a posé les fondations d’un club.

Etes-vous en mesure de concurrencer le PSG?

Pas du tout. Paris est dans une autre galaxie sur le plan financier et en terme d’attractivité. On en est encore loin.

L’ambition future du Gym, c’est de jouer chaque année la Ligue des champions?

C’est d’aller le plus haut possible et de ne se fixer aucune limite. Mais avant de parler d’ambition, il faut s’en donner les moyens. Jouer l’Europe régulièrement, c’est l’idée mais, aujourd’hui, on est neuvième. Il y a du travail.

Quel regard portez sur votre nouveau club six semaines après votre prise de fonction?

J’ai rencontré des personnes positives, investies et amoureuses du club. Sur le plan humain, il y a une vraie satisfaction. On doit amener le club vers plus d’exigence et vers la performance, dans tous les secteurs. Cela va prendre un peu de temps, il faut y aller étape par étape. De bonnes choses ont été faites, de bonnes choses sont faites mais on a une vraie marge de progression.

Comment jugez-vous la première partie de saison de Lucien Favre?

Avec le board, on a pris le temps d’analyser de manière très précise notre début de saison. On ne s’est pas contenté de regarder le travail du staff et de l’entraîneur. Tout n’a pas été parfait, c’est une évidence. On a partagé notre analyse avec Lucien (Favre), je suis allé le voir en Suisse durant la trêve pour lui dire qu’on souhaitait continuer l’aventure ensemble, tout en renforçant le staff. Lucien est notre entraîneur, il est sous contrat (jusqu’en juin 2024, ndlr), il a tout notre soutien. On veut construire autour de lui et pallier certains de nos manques décelés.

Aviez-vous besoin de dissiper un malentendu entre vous alors qu’il a été fragilisé?

Je me devais de lui communiquer la position du board, notre analyse de la première partie de saison et nos perspectives club. Il avait besoin d’entendre notre soutien.

Le staff a été renforcé…

Oui, Didier Digard est monté avec l’équipe première en tant qu’adjoint. Il sera remplacé par Julien Sablé en réserve. On renforce l’identité de l’OGC Nice avec des gens compétents et investis. On va ensuite accueillir Laurent Bessière qui deviendra le directeur de la performance.

“On n’engagera pas de gros moyens pour empiler les joueurs”

Considérez-vous que l’équipe a sous-performé?

Très légèrement. Si on se base sur les expected-points, on devrait être 7e de Ligue 1. On n’est pas loin d’être à notre place compte tenu de nos productions purement sportives. A nous de trouver les leviers pour que tout cela soit plus efficient.

Cela passe-t-il obligatoirement par l’arrivée de nouveaux joueurs lors du prochain mercato hivernal?

Je n’évoquerai pas nos besoins à tel ou tel poste. On a beaucoup discuté avec le board pour établir la meilleure stratégie. Tout est clair, précis. On ne veut rien faire dans la précipitation. Notre projet va se construire mercato par mercato. Ce serait une grosse erreur d’agir dans la précipitation.

Il n’y aura pas de grande lessive, donc…

Ce n’est pas l’idée. J’ai envie d’avancer vite mais on se doit de garder la tête froide pour prendre les meilleures décisions. La réalité, c’est que cet effectif a de grandes qualités. On peut éventuellement procéder à quelques ajustements sur un ou plusieurs postes. Mais ce sera dépendant des départs car le groupe est trop conséquent. On veut travailler avec un effectif resserré. Empiler des joueurs serait contre-productif. On va traverser ce mercato avec de la patience, il n’y a pas d’urgence. Lucien (Favre) le sait.

Avez-vous une enveloppe financière conséquente pour acheter des joueurs?

Je ne dis jamais rien sur ce point. En revanche, on n’engagera pas de gros moyens pour empiler des joueurs. Cela pourrait nous faire perdre beaucoup de temps si on venait à se tromper cet hiver.

Lucien Favre, lui, sait exactement ce dont il a besoin…

Chaque entraîneur a ses spécificités. Il est normal qu’il ait des désirs. Beaucoup de joueurs ont été recrutés cet été. La principale qualité d’un entraîneur, c’est de s’adapter à son effectif. Le nôtre a beaucoup de qualités.

On peut donc s’attendre à un mercato d’été plus animé…

On sera alors en place et très ambitieux.

Dante est en fin de contrat en juin prochain. Allez-vous le prolonger?

On a déjà échangé. Je ne dévoilerai pas le contenu de notre discussion. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que j’ai découvert un homme exceptionnel, un grand leader, un vrai. C’est rare de nos jours dans le foot. Depuis que je suis là, il a été très performant sur le terrain. On se verra en temps voulu pour décider de la suite. La seule certitude, c’est qu’on veut s’investir sur le long terme avec Dante. Un garçon comme lui est une telle plus-value pour l’OGC Nice.

Il ne compte pas arrêter…

(Il rigole) Ce n’est pas un dossier sensible. L’idée est qu’il continue avec le club et, aujourd’hui, il est très performant sur le terrain.

Hicham Boudaoui est également en fin de bail…

Non, non, c’est une erreur sur Transfermarkt (rires). Je m’étais penché sur son cas avant de signer à Nice et je m’étais dit qu’il fallait vite que je m’occupe de ce dossier. J’adore le joueur. Il doit recevoir pas mal de coups de fil.

“Il n’y a rien de pire que de ne pas respecter l’institution”

Avez-vous découvert des joueurs niçois au plus près d’eux?

Je ne vais pas en mettre un avant plus qu’un autre. Mais, oui, j’ai eu de belles découvertes. Vous en avez eu aussi contre le Standard Liège, non ? (victoire 4-1 en amical jeudi, ndlr)

Badredine Bouanani, 18 ans, a en effet été très intéressant…

C’est vrai (sourire en coin). Les stages permettent de faire émerger des profils, souvent des jeunes.

Durant ce stage, observez-vous le comportement des joueurs hors des terrains également?

Pendant les repas, j’essaie d’être le plus souvent de face pour voir les connexions, les interactions entre eux. Construire une équipe, c’est aussi de l’humain. J’aime quand il y a du liant entre les joueurs, que l’énergie soit positive au sein d’un vestiaire. J’ai toujours été attentif à cela. Joueur, je créais du lien.

Y a-t-il des comportements éliminatoires chez un joueur?

Oui. Il n’y a rien de pire que de ne pas respecter l’institution. On est tous des salariés du club, des soldats de l’OGC Nice. Je ne tolérerai pas qu’on sorte de ce cadre.

Pouvez-vous être colérique?

Non, je suis calme, le garant de cet état d’esprit. C’est la clé de mon fonctionnement. Un club fort et respecté, c’est essentiel. Les joueurs et le staff ont besoin de ressentir cela.

Quels vont être les objectifs de la deuxième partie de saison?

Tout reste possible. En championnat, il faut finir le plus haut possible, sans se fixer d’objectif précis. On doit se concentrer sur les moyens pour être performant chaque week-end et ne pas se dire « il faut que… ». Il y a la Coupe de France, le club a vécu une magnifique aventure la saison dernière. Enfin, on a la chance d’être en huitièmes de finale d’une Coupe d’Europe. On va mobiliser toutes nos énergies pour continuer notre parcours.

La Ligue Europa Conférence va-t-elle devenir prioritaire?

On veut être performants partout. Mais l’Europe, c’est prestigieux et important, oui. Cela nous tient à cœur dans la construction de notre projet. Le tableau de cette C4 est ouvert.

Morgan Schneiderlin n’a pas été convoqué lors de ce stage. Comment vit-il cette mise à l’écart?

Je l’ai reçu avant notre départ. C’est un garçon irréprochable, qui fait preuve de respect envers le club. L’inverse est également valable. Sa situation sportive est compliquée, il lui reste six mois de contrat et il souhaite trouver un projet où il s’épanouira. S’il a une opportunité, on le libérera.

Iain Moody, qui a été conseillé externe lors du dernier mercato, collabore-t-il encore avec le club?

On a une très bonne relation, il a fait la transition, géré les dossiers avec des agents. Je reste en relation avec lui mais il n’est plus au club.

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